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Dans un hôpital de l'Essonne, une unité à l'écoute des enfants maltraités
Un peu à l'écart de l'imposant hôpital de Corbeil-Essonnes, soignants et enquêteurs travaillent ensemble à recueillir la parole d'enfants victimes ou témoins de violences, en pleine effervescence depuis l'affaire Lyhanna.
"Il y a de plus en plus de délais pour programmer des auditions dont le nombre a triplé", constate Barkissa Bance, responsable de l'unité d'accueil pour enfants en danger (Uaped). Installée dans le centre hospitalier sud francilien à Corbeil-Essonnes, au sud de Paris, elle prend en charge depuis novembre 2024 des mineurs victimes de violences physiques, sexuelles et psychologiques.
L'an dernier, l'Uaped - qui reçoit également des enfants qui ont été exposés à des violences conjugales ou témoins d'un homicide commis au sein du couple - a entendu 209 mineurs, dont plus de la moitié sur réquisition judiciaire.
Ces dernières semaines, leur nombre a bondi dans le sillage de l'affaire Lyhanna, du nom de cette fillette de 11 ans, dont le corps a été retrouvé début juin dans le Gers. Après sa mort, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a demandé à tous les parquets de France de reprendre l'ensemble des procédures de violences sexuelles sur mineurs.
Une auxiliaire de puériculture doit venir renforcer l'équipe composée d'infirmières, de pédiatres et d'une psychologue, ainsi que de médecins légistes, d'un psychologue expert et d'enquêteurs gendarmes ou policiers, pour son volet judiciaire.
- "Répéter, c'est revivre" –
Passée la porte d'entrée du bâtiment préfabriqué, une salle d'attente aux murs couverts de coloriages de sirènes, de super-héros et d'autres personnages de dessins animés témoigne du passage de ces enfants de la naissance à la majorité dans le cadre d'une plainte ou d'un signalement.
Dans ce même lieu peuvent être conduits l'audition, les examens médico-légaux qui seront versés à la procédure, et la prise en charge médicale des enfants.
"L'idée était de regrouper l'ensemble de ces étapes en un même lieu afin que l'enfant n'ait pas à répéter dix fois ce qui lui est arrivé et de ne pas ajouter du traumatisme au traumatisme", explique Christelle Pierrot, pédiatre.
"Pour un enfant, répéter, c'est revivre la situation", abonde Barkissa Bance.
En ce jour d'été où l'AFP a visité l'unité, quatre mineures victimes de violences sexuelles ont été entendues dans une salle spécialement conçue pour le recueil de leur parole par des enquêteurs.
"La salle d'audition est assez neutre pour ne pas déconcentrer les enfants", explique Céline Cazaux, infirmière.
La pièce est équipée d'une table transparente pour apercevoir une jambe qui tremble, des mains qui se serrent, et montrer à l'enfant qu'il n'y a pas d'endroit caché. De petites chaises et un tapis d'éveil rappellent que les victimes sont parfois très jeunes.
En 2025, plus d'un tiers des mineurs pris en charge dans cette Uaped avaient entre 0 et 6 ans.
"L'audition dure en moyenne quarante minutes, vingt pour les plus petits, une heure trente pour les plus grands", et peut être suivie d'un examen médico-légal et d'une expertise psychologique si cela est jugé nécessaire, précise Céline Cazaux.
- Protocole -
Comment recueillir leur parole? La question a ressurgi avec l'affaire Lyhanna: bâclées ou inadaptées, les auditions peuvent compromettre l'enquête; bien menées, elles en deviennent un élément central.
Il est ainsi préconisé aux enquêteurs de suivre le protocole NICHD (National Institute of Child Health and Human Development, ndlr): il prévoit une phase de mise en confiance, des questions ouvertes, progressives, une approche bienveillante.
"Dans un premier temps, on essaie de savoir si les enfants savent faire la différence entre vérité et mensonge. On leur demande par exemple: +Si je te dis qu'aujourd'hui je suis habillée en rose, qu'est-ce que tu en penses?+", développe Barkissa Bance.
Mais "il arrive que les enquêteurs ne soient pas formés", regrette-t-elle.
Pour Sébastien Rouget, chef du service de pédiatrie, une "libération de la parole des enfants" est souhaitable seulement si "nous avons le moyen et la volonté de prendre des mesures derrière".
"Il faut qu'il y ait une aide sociale à l'enfance en mesure d'assurer son service de protection, que toute la chaîne judiciaire puisse suivre (...) La parole de l'enfant n'a d'intérêt que si l'adulte est capable de la recevoir", estime-t-il.
L.AbuAli--SF-PST