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Sophie Brocas, préfète tendance hors cadre
Sophie Brocas a exercé plusieurs fois "hors cadre" durant sa carrière. Mais l'ancienne journaliste devenue préfète et romancière, qui incarne depuis une semaine la lutte contre le gigantesque incendie de Gironde, sort aussi du carcan par le style et le verbe.
"Plutôt que lire des notes, je préfère apprendre avec les pieds et découvrir un sujet avec ceux qui le vivent", exposait devant la presse le 18 mai, en prenant ses fonctions à Bordeaux, cette mère de famille âgée de 65 ans.
La mise en pratique de la méthode, depuis une semaine, est quotidienne.
Confrontée à un brasier sans précédent depuis 1949 dans le pays, avec 42.000 hectares brûlés, la représentante de l'État a eu une formation express en "pyrocumulonimbus", mot qu'elle s'est appliquée à prononcer samedi dernier en conférence de presse.
Cette forme "d'orage de feu" jusque-là inédite en France, dont le patron du Sdis 33 a expliqué le fonctionnement à ses côtés, n'a plus de secrets pour elle.
Née à Vieux-Boucau (Landes) dans une famille "modeste et travailleuse" dont elle fut "la première bachelière", passée par les préfectures de Charente et de Dordogne, elle connaissait déjà la région et son immense massif.
- Humilité et détermination -
"Nous sommes sur le qui-vive, nous sommes prêts avec humilité parce que la forêt exige l'humilité, mais avec détermination", affirmait-elle, le 3 juillet, en présentant le dispositif de sécurité estival.
Diplômée de droit public et de sciences politiques, entrée à l'ENA en 1999 (promotion "Nelson Mandela"), elle rejoint le ministère de l'Intérieur avant d'entamer une carrière préfectorale jalonnée d'affectations hors cadre territorial – conseillère de François Hollande à l'Élysée ou d'Élisabeth Borne au ministère de la Transition écologique, parmi d'autres.
Mais avant la haute fonction publique, Sophie Brocas a eu une tout autre vie qu'évoque son CV institutionnel.
Durant quinze ans, elle a "parcouru le monde en guerre" comme journaliste, puis "exploré le monde de l'entreprise privée" en créant une agence de presse qui fournissait des journaux internes, clé en main, à des institutions.
Une activité qu'elle finit par céder, lasse de "gagner du fric", explique-t-elle dans un portrait que lui consacre le journal Le Monde en 2005.
- "Pas une énarque classique" -
Préfète, elle ajoute une corde à son arc: romancière. Depuis dix ans, elle a publié cinq livres, le dernier en janvier. "Le Lit clos" raconte le mouvement de grève des sardinières bretonnes, en 1924 à Douarnenez, à travers le destin de deux femmes.
Élevée au grade de chevalier de la Légion d'honneur, Sophie Brocas a le même dans l'Ordre des Arts et des Lettres.
"Ce n'est pas une énarque classique, ce qui peut en déranger certains", estime une source gouvernementale, face aux critiques que la gestion de "l'ogre" de feu, comme elle l'appelle, n'a pas manqué d'essuyer, entre déplacements de population massifs et coup d'arrêt à la venue des touristes.
"Mais c'est une vraie professionnelle qui a le sens de l'État, un grand sens pratique (...) et tout le soutien de l'exécutif", ajoute cette source. Dans le Loiret, où elle officiait auparavant, d'anciennes collaboratrices évoquent une "préfète très humaine, très attachée à ses dossiers".
Devant les caméras bordelaises, cette brune à lunettes a pu tancer ceux qui refusaient d'évacuer tout en apportant son soutien à ceux qui s'y pliaient, car "partir en pleine nuit, en urgence, c'est difficile, ça fait peur, c'est traumatisant".
La parole préfectorale, souvent, est plus froide. "Je tente, à ma mesure, d'incarner un État accessible et ouvert", expose l'intéressée en préambule de son CV.
Q.Jaber--SF-PST