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Macron en Syrie, première visite d'un chef d'Etat occidental depuis la chute d'Assad
Emmanuel Macron est arrivé lundi soir à Damas pour une visite inédite, la première en Syrie d'un chef d'Etat d'une puissance occidentale depuis la chute de Bachar al-Assad et l'arrivée au pouvoir fin 2024 du président Ahmad al-Chareh.
"Je viens dire l’engagement de la France auprès du peuple syrien. Pour une Syrie souveraine, unie dans sa pluralité et en paix avec ses voisins", a annoncé le chef de l'Etat français sur X.
Il a été accueilli par le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad al-Chaibani à l'aéroport, avant un dîner de travail avec son homologue syrien, selon la présidence française. Une conférence de presse conjointe est prévue mardi.
La France n'avait pas voulu communiquer sur le déplacement du président jusqu'à l'atterrissage, notamment pour des raisons de sécurité dans ce pays qui traverse un fragile processus de pacification après 13 ans de guerre civile, et où un attentat a fait dix morts jeudi dans la capitale.
Le président Chareh a salué le rôle "très constructif" de la France, "amie du peuple syrien", depuis la chute d'Assad, dans un entretien à la chaîne de télévision française BFMTV.
L'agence officielle syrienne Sana a qualifié cette visite d'"historique".
Il s'agit du premier déplacement en Syrie d'un président français depuis ceux de Nicolas Sarkozy en 2008-2009, avant la rupture provoquée par la répression du Printemps arabe en 2011 par le pouvoir de Bachar al-Assad.
- "Opportunités" -
Emmanuel Macron avait déjà été le premier dirigeant occidental à accueillir M. Chareh, en mai 2025, lorsqu'il avait fait le pari d'accompagner la transition syrienne en s'affichant à l'Elysée avec cet ancien jihadiste.
La visite à Paris avait précédé un autre déplacement, encore plus stratégique, du dirigeant syrien à Washington auprès de Donald Trump, et la levée des sanctions européennes et américaines contre la Syrie.
Le président français est notamment accompagné des patrons de CMA-CGM Rodolphe Saadé et de TotalEnergies Patrick Pouyanné, pour évoquer la reconstruction du pays et la reprise des investissements, même si les entreprises françaises se montrent encore timides.
M. Chareh a souligné dans l'interview à BFMTV "les énormes opportunités d'investissement" dans son pays.
Pour l'entourage d'Emmanuel Macron, le président français prend un "risque" en se rendant sur place "pour une soirée, une nuit et une journée", sans rester uniquement dans les palais "bunkérisés" mais en allant "à la rencontre des Syriens dans leur diversité politique, confessionnelle ou d'aspirations".
"La nouvelle Syrie ne sera notre partenaire qu'à la condition que sa pluralité soit parfaitement prise en compte", a prévenu l'Elysée, tout en assurant que Paris était "confiant". "Pas question" qu'un "pouvoir exclusif se substitue à un autre pouvoir exclusif".
Le président Chareh s'est engagé à protéger les minorités, mais le pays a été le théâtre de massacres d'alaouites en mars 2025 et d'affrontements sanglants avec des combattants druzes il y a un an.
Autres dossiers majeurs, la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique, à laquelle la Syrie participe désormais, ainsi que la présence des derniers jihadistes français sur le territoire syrien. La France a été frappé en 2015 par des attentats majeurs orchestrés depuis ce pays.
- Désaccord -
Denis Bauchard, ex-ambassadeur et expert à l'Institut français des relations internationales (Ifri), voit aussi dans ce voyage "la volonté du président Macron de consolider le nouveau régime en Syrie à un moment où, par ailleurs, Israël fait tout pour, au contraire, conserver une Syrie faible et fragmentée, et qui se méfie de l'ombre de la Turquie derrière Chareh".
Au cours de sa visite, Emmanuel Macron va restituer aux autorités syriennes 23 objets archéologiques qui avaient été prêtés à la France avant la guerre.
Le chef de l'Etat français se rendra dans la foulée mardi soir à Ankara pour le sommet de l'Otan, et s'y entretiendra mercredi avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, avec lequel le dossier syrien pourra être évoqué. Dans la capitale turque, le président Chareh rencontrera lui Donald Trump.
Paris ne cache pas être en désaccord avec le souhait, plusieurs fois exprimé par Donald Trump, de voir la Syrie s'impliquer au Liban pour "s'occuper" du Hezbollah pro-iranien. Le président syrien a lui-même récemment assuré n'avoir aucune intention d'intervenir dans le pays voisin.
"Ce que nous attendons de la Syrie c'est tout simplement qu'elle respecte son voisin libanais", a affirmé l'Elysée, tout en se disant rassuré par les prises de positions de Damas en ce sens.
L.AbuTayeh--SF-PST