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A l'hôpital, exsangue après la canicule, la crainte d'une nouvelle vague de chaleur
"Climatiseurs pas livrés", "personnel épuisé", "sous-effectif dû aux vacances": après une canicule historique qui a mis les hôpitaux à rude épreuve, les soignants redoutent un probable nouvel épisode de chaleur dès ce week-end qu'ils devront affronter "avec les moyens du bord".
Aux urgences, la tension "a diminué" ces derniers jours, mais le niveau d'activité "reste très important", poussé notamment par les décompensations de maladies chroniques, qui surviennent généralement plusieurs jours après la canicule, a observé mercredi la ministre de la Santé Stéphanie Rist devant le Sénat.
Et Météo-France prévoit "sans doute un nouvel épisode" caniculaire "à partir de ce week-end".
"On est très inquiets pour nos patients" vulnérables, alerte Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat d'infirmiers hospitaliers SNPI. Les professionnels sont eux "exténués", fragilisés d'avoir travaillé par "plus de 35, 40 degrés" à l'intérieur. D'ici samedi, "les conditions resteront les mêmes" et "vont même empirer, puisqu'en juillet, certains collègues partent en vacances".
Pour aider les établissements - dont 60% sont vétustes et une grande majorité non climatisés - le gouvernement a débloqué une "enveloppe d'urgence" de 100 millions d’euros, pour financer "des outils de rafraîchissement". Cela permettra selon Matignon de commander 30.000 climatiseurs dont les "premiers milliers" seront livrés "en fin de semaine, début de semaine prochaine".
Toutefois l'état des stocks fait que "l'immense majorité" devra être importée, notamment d'Asie, a précisé sur BFMTV le ministre de l'Economie.
Les hôpitaux sont invités à passer leurs commandes, directement ou via des centrales d'achat hospitalières, et seront "remboursés sur facture", a précisé à l'AFP le ministère de la Santé, qui assure "mobiliser tous les acteurs pour faire le maximum, rapidement".
"On a 3.900 hôpitaux, 7.500 Ehpad... ça fait moins de trois appareils chacun", note M. Amouroux, soulevant des "contraintes techniques", pour faire passer les tuyaux par les fenêtres, "souvent condamnées". Lui plaide pour équiper au moins les Ehpad de "vraies climatisations", ce qui coûterait "moins de 2 milliards d'euros", assure-t-il.
- "Traumatisés" -
En ce moment, "les fournisseurs de climatiseurs multiplient leurs prix, par cinq, dix...on n'ira pas loin", renchérit Yann Le Baron, secrétaire national de l'Unsa Santé-Sociaux.
A la prochaine canicule, prévient-il, "on accrochera encore des couvertures de survie", on fera "revenir sur leurs vacances des personnels épuisés". Ces mesures gouvernementales d'urgence "sont bienvenues". "Mais ça ne résout pas le problème" du sous-effectif et sous-financement chronique, ou de l'inadaptation au changement climatique, "systémiques", poursuit-il.
"On n'est pas prêts", estime Sylvaine Ménager, déléguée Force ouvrière du centre hospitalier de Chartres.
La semaine dernière, le syndicat a déposé un droit d'alerte pour "danger grave et imminent": par plus de 35 degrés, des personnels "étaient en larmes", "traumatisés de devoir choisir quel patient bénéficierait d'un ventilateur ou rafraichisseur d'air". En pédiatrie, "des enfants ont dormi par terre, cherchant la fraicheur". L'eau du robinet était "tiède" voire "chaude" par endroits, témoigne-t-elle.
Depuis, la direction a commandé du matériel et "il semble que des climatisations seront posées rapidement, mais on les attend", poursuit Mme Ménager. Surtout, l'établissement "manque de personnel. Comment, alors, proposer des douches aux patients ?".
Face aux chaleurs "abominables" dans l'hôpital de Chauny (Aisne), la secrétaire FO Laurence Mascoli raconte avoir lancé un appel aux dons sur les réseaux sociaux, et obtenu "quelques climatiseurs d'appoint". Ces 100 millions d'euros débloqués, "c'est bien, mais il ne faut pas que les livraisons tardent", poursuit la syndicaliste, déplorant un "gros manque d'anticipation" des autorités.
"Il faut mesurer la colère des hospitaliers", souligne Rodolphe Verger, représentant de la CGT-Santé: "depuis la canicule de 2003, on donne tous une journée de travail non rémunéré ("journée de solidarité"). En 23 ans, c'est 63 milliards d'euros, qui auraient dû servir à équiper les hôpitaux". Emmanuel Macron a lui "fermé 47.000 lits d'hospitalisation", critique-t-il.
Dans l'attente de prévisions météo consolidées, la Fédération des hôpitaux publics (FHF) se dit "extrêmement vigilante". Elle souhaite "préserver" les congés des soignants et pourra mobiliser des "renforts additionnels" (intérimaires, étudiants...).
Au-delà, elle pointe la "nécessité d'un plan d'investissement massif", pour adapter les bâtiments "au climat de 2026, et des décennies qui viennent".
Q.Najjar--SF-PST