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Comment l'Otan compte s'y prendre pour rendre Trump heureux à Ankara
Le président américain Donald Trump rejoindra la semaine prochaine ses homologues de l'Otan pour un sommet à Ankara, après avoir vertement critiqué leur manque de soutien à sa guerre contre l'Iran.
Les Alliés espèrent toutefois éviter une nouvelle explosion de colère en Turquie. Voici comment ils comptent s'y prendre:
- Lui montrer l'argent
Il y a un an, les Alliés acceptaient, sous pression de Donald Trump, de consacrer au moins 5% de leur produit intérieur brut (PIB) à leurs dépenses de sécurité. Les pays européens de l'Otan, et le Canada, chercheront cette fois-ci à le convaincre qu’ils sont sur la bonne voie.
Même s'ils ont jusqu'en 2035 pour atteindre cet objectif, le président américain n'est pas réputé pour sa patience et réclamera des preuves. Le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, qui soigne sa relation avec le locataire de la Maison Blanche, a donné un aperçu de cet argumentaire lors d'une réunion dans le Bureau ovale la semaine dernière.
Brandissant un graphique frappé en lettres dorées de l'inscription "THE TRUMP TRILLION" (les mille milliards de Trump), il a détaillé les dépenses supplémentaires engagées par l'Europe depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2017.
Il y a toutefois quelques fausses notes qui pourraient agacer Donald Trump: trois pays européens, dont la République tchèque et la Slovénie, devraient repasser sous le seuil des 2% cette année.
- Donner un coup de main sur l'Iran ?
Même si Donald Trump a obtenu un accord de paix préliminaire avec l'ran, la situation demeure très volatile et toute flambée des tensions risque d’éclipser Ankara.
De plus, il reste amer face à la réaction de l'Europe pendant la guerre, lorsque plusieurs pays ont restreint l'usage de leurs bases par les forces américaines.
Pour tenter de montrer leur bonne volonté, la France et la Grande-Bretagne ont élaboré des plans pour une possible mission dans le détroit d'Ormuz, et des pays ont pré-positionné des navires, comme des chasseurs de mines.
- L'art des deals
Mettre en avant les chiffres globaux des dépenses de défense pourrait contribuer à apaiser Donald Trump. Mais l'Otan veut aussi lui montrer que cet argent se traduit par des capacités accrues.
Selon des diplomates et des responsables de l'Alliance, les pays membres ont été priés de repousser l'annonce de grands contrats jusqu'au sommet, afin d'avoir un effet plus spectaculaire à Ankara.
Des responsables indiquent que des contrats de plusieurs milliards de dollars devraient être signés avec des entreprises américaines et européennes lors d'un forum industriel organisé en marge du sommet. Mark Rutte veut même y inviter le président américain, friand de signatures d'accord spectaculaires.
- Européaniser l'Otan
Les Etats-Unis de Donald Trump insistent sur la nécessité pour l'Europe d'assumer le premier rôle dans sa propre défense, et Washington a déjà commencé à réduire son engagement au sein de l'Otan.
Les dirigeants auront donc à coeur de montrer comment ils se mobilisent pour rendre l'Otan plus "européenne", en accroissant par exemple "leurs responsabilités, tout en cherchant en même temps à arrimer les États-Unis autant que possible", explique Maria Martisiute, du Centre européen de politique.
- Un hôte turc aux petits soins
Ces dernières semaines, Donald Trump s'est heurté à une série de dirigeants européens, dont récemment la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni. Mais heureusement pour l'Otan, l'un des rares dirigeants avec lesquels il semble encore entretenir de bons rapports est le président turc, Recep Tayyip Erdogan.
"Si ça n'avait pas été organisé en Turquie par le président Erdogan, je ne pense pas que j'y serais allé", a même déclaré Donald Trump la semaine dernière.
Le cadre du sommet devrait convenir au président américain : il se tiendra dans l'immense palais présidentiel de M. Erdogan, tout de marbre et or.
- Faire en sorte que ce soit court
Enfin, comme pour le sommet de l'an dernier à La Haye, l'Otan a choisi de faire court.
Donald Trump arrivera pour un dîner officiel le 7 juillet, avant que les dirigeants de l'Otan ne tiennent une seule brève séance formelle le lendemain.
"Pour que le sommet soit une réussite, je dirais que tout ce dont nous avons besoin, c'est que Trump ne s'oppose pas à l'Otan, ne la critique pas, ne sape pas le rôle de l'Alliance", résume Peter Bator, ancien ambassadeur de Slovaquie auprès de l’Otan.
N.Shalabi--SF-PST