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A Abidjan, pas question de se priver de la climatisation
Hors de question pour Alexandre Anoh de dormir sans air conditionné sous les températures étouffantes d’Abidjan. Comme nombre d’Ivoiriens, il considère la climatisation indispensable et n'y voit aucun inconvénient, au moment où l’Europe, frappée par une vague de chaleur inédite, s’interroge sur son utilité.
Comme de nombreux pays africains, la Côte d’Ivoire, au climat tropical, connaît généralement des températures élevées qui durent presque huit mois dans l’année, obligeant beaucoup à recourir à l'air conditionné pour leur confort.
A Abidjan, métropole de plus de 6 millions d'habitants à l'urbanisation galopante, les climatiseurs sont omniprésents dans les bureaux, les hôpitaux ou les commerces. Ils font partie du décor dans beaucoup de quartiers de cette capitale économique, où les condenseurs accrochés en hauteur sur les murs des bâtiments ronronnent incessamment.
Des foyers les plus nantis aux plus modestes, tout le monde veut le sien. Plusieurs personnes interrogées par l'AFP ne voient pas les aspects négatifs de l'utilisation de la climatisation, malgré son impact négatif sur l'environnement avec notamment ses émissions de gaz à effet de serre.
"On est obligé de l’avoir car ça fait du bien. Moi, j’allume la mienne tout le temps car je n’arrive pas à dormir sans. C’est devenu une habitude", assure Alexandre, un banquier de 48 ans, profitant d'une température à 23 degrés quand le thermomètre en affichait 30 à l'extérieur mercredi.
- "Vitale" -
C'est une question "vitale" car "la chaleur peut tuer une personne", abonde Séverin Clin, qui se présente comme un entrepreneur. "Pourquoi s’en priver quand on en a les moyens ?", s’interroge-t-il.
Les experts sont partagés sur l'impact environnemental de la climatisation. Selon un rapport de l'ONG Annual Reviews en 2021, les services de climatisation et de réfrigération sont responsables de plus de 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Mais l’Afrique, qui connaît de longues périodes de chaleur, est le continent le moins pollueur de la planète avec moins de 4% des émissions mondiales de CO2.
De l'autre côté de la Méditerranée, en Europe, confrontée depuis plus d'une semaine à une vague de chaleur extrême, leur réputation est moins bonne et leur utilité ne fait pas l’unanimité.
La canicule inédite, avec des températures qui peuvent aller jusqu’à 40° C dans certaines localités, a toutefois relancé le débat sur le sujet, alors que les chaleurs extrêmes sont amenées à se répéter, s'allonger et s'intensifier avec le réchauffement climatique.
En France, où des dizaines de personnes sont mortes par noyade en cherchant à se rafraîchir, la cheffe de file de l'extrême-droite Marine Le Pen s’est emparée du sujet, promettant notamment "un plan massif de climatisation" si elle est élue lors de la présidentielle de 2027.
Appi N'Goran, 30 ans, ne comprend pas le débat en cours en Europe. "Ils devraient utiliser la climatisation comme ils utilisent le chauffage en période d'hiver car c’est indispensable et peut sauver des vies face à la canicule", estime-t-elle.
- Succès -
Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’accès à une climatisation efficace a permis de sauver au moins 190.000 vies dans le monde entre 2019 et 2023, tandis que le nombre de décès lié à la chaleur chez les personnes âgées de 65 et plus a augmenté de 61%, atteignant environ 300.000 morts.
"Avoir une climatisation n’est plus une question de niveau de vie", affirme Souleymane Cissé, un environnementaliste.
Alors que le prix moyen d’un climatiseur varie entre 100.000 et 150.000 francs CFA (entre 152 et 228 euros), soit jusqu'à deux fois le salaire minimum ivoirien, dans plusieurs pays du continent son accès reste encore réservé à une certaine classe sociale, nuance Ablaye Seck, membre du Réseau africain des experts en efficacité énergétique, section Sénégal.
Mais beaucoup ignorent leur impact sur l’environnement. "Très peu de personnes ont une idée des conséquences de la climatisation", dit-il.
M. Seck préconise par ailleurs des constructions plus aérées, avec des matériaux locaux pour une moindre utilisation de la climatisation à l'avenir, afin de préserver la planète et de soulager les réseaux électriques souvent mis à rude épreuve durant les périodes de fortes chaleurs.
En avril, la Côte d’Ivoire a connu pendant plusieurs semaines des perturbations de la distribution de l’électricité à cause d’une forte demande liée à de hautes températures.
N.Awad--SF-PST