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Le chef de l'ONU demande "toute la vérité" sur le coût climatique de l'IA
Le chef de l'ONU a appelé mardi les grands patrons du secteur de l'intelligence artificielle à "dire toute la vérité" sur le coût écologique des centres de données, tout en blâmant les énergies fossiles, "origine destructrice" des crises énergétiques et climatiques.
"Fini les coûts cachés. Fini de faire porter le fardeau à ceux qui sont le moins à même de le supporter. Il est temps de dire toute la vérité. Si l'IA doit contribuer à bâtir un avenir meilleur, elle doit faire preuve d'honnêteté quant à ce qu'elle nous coûte aujourd'hui", a lancé Antonio Guterres mardi, à l'occasion d'un discours à la London Climate Action Week à Londres, une grand-messe annuelle dans la capitale britannique.
Le patron de l'ONU a annoncé le lancement de l'initiative pour la transparence environnementale dans le domaine de l'IA, consistant à demander aux géants mondiaux de l'IA de mesurer et publier l'empreinte environnementale - en carbone, en eau, et en foncier par exemple - de leurs activités. Puis de s'engager à les alimenter grâce aux énergies renouvelables d'ici la fin de la décennie.
Les centres de données, entrepôts de serveurs qui alimentent l'IA et d'autres services numériques, sont très énergivores, avec 448 térawattheures (TWh) d'électricité consommés en 2025. S'ils étaient un pays, leur consommation les placerait au 11e rang mondial, juste derrière la France (468 TWh), indique un étude menée par l'ONU et publiée début juin.
- IA gourmande -
"Les communautés sont souvent laissées dans l'ignorance quant à l'impact environnemental des infrastructures qui se développent autour d'elles", a martelé M. Guterres mardi, reconnaissant que l'IA est "gourmande en terres, en eau et en énergie" bien qu'elle puisse aider à "accélérer les solutions climatiques".
Outre la proposition sur le secteur de la tech, le secrétaire général de l'ONU a aussi lancé un "appel à l'action mondiale sur le méthane", le deuxième contributeur du changement climatique après le CO2, avec l'objectif d'atteindre des émissions "quasi nulles tout au long de la chaîne de valeur".
Il propose une série de cibles, concernant les fuites de méthane dans l'industrie pétrogazière, et sur les pratiques de torchage, une pratique qui consiste à brûler le gaz naturel émis lors d'extractions pétrolières, sans le valoriser.
M. Guterres souhaite aussi voir reculer les émissions dans le secteur agricole, et dans les décharges.
Environ 60% des émissions mondiales de méthane, un gaz inodore et invisible, sont imputables à l'activité humaine, l'agriculture en tête, suivie de l'énergie, et ce gaz est doté d'un pouvoir de réchauffement bien supérieur à celui du CO2.
Selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) de mai, la détection et réparation des fuites ou la limitation des torchages de routine permettraient d'éviter 30% des émissions liées aux combustibles fossiles, "à coût nul", le gaz capturé pouvant être revendu.
- Origine destructrice -
"J'exhorte le secteur des énergies fossiles à prendre ses responsabilités et à faire ce qui aurait dû être fait depuis longtemps", a dit mardi Antonio Guterres, rappelant que "rien qu'en 2025, quelque 167 milliards de mètres cubes de gaz ont été brûlés à la torche, soit autant que la consommation annuelle de l'Afrique".
A l'heure où le monde est traverse une crise à la fois climatique et énergétique avec la guerre au Moyen-Orient dont l'issue reste incertaine, le secrétaire général de l'ONU a aussi dit qu'"à première vue, ces crises peuvent sembler distinctes. Mais elles partagent la même origine destructrice: les combustibles fossiles".
"Nous ne pouvons pas miser davantage sur un système fondé sur les combustibles fossiles", a encore exhorté M. Guterres, à l'heure où les thermomètres s'affolent au Royaume-Uni, en France et en Italie notamment et que des records de chaleur tombent, un signe supplémentaire du changement climatique principalement causé par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz.
"Nous devons agir avec beaucoup plus d'urgence afin de limiter strictement l'ampleur et la durée de tout dépassement au-delà de 1,5°C", a encore dit Antonio Guterres, en référence au dépassement - considéré par de nombreux climatologues et responsables politiques comme inéluctable - de la limite de réchauffement inscrite dans l'accord de Paris de 2015, par rapport au niveau préindustriel.
R.Halabi--SF-PST