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Présidentielle en Colombie: salut militaire et K-pop s'invitent dans la campagne
Salut militaire, image de tigre, fans de K-pop et maillot de l'équipe nationale de football: le marketing politique bat son plein en Colombie à l'approche du second tour de la présidentielle.
Le candidat de droite dure Abelardo de la Espriella fait appel au patriotisme et à l'institution militaire dans un pays marqué par plus de six décennies de conflit armé interne, quand son rival de gauche, Ivan Cepeda, mise sur les jeunes amateurs de musique pop sud-coréenne pour dynamiser sa campagne.
- Salut militaire
A chacune de ses allocutions, Abelardo de la Espriella porte sa main droite au front avant de la baisser avec vigueur, promettant la "fermeté pour la patrie!". Bien que cet avocat millionnaire n'ait jamais officié dans l'armée, le salut militaire est devenu le signe de ralliement de ses partisans.
Lors d'événements publics, d'anciens soldats à la retraite, vêtus de treillis, sont placés en évidence et se tiennent en rang serré pour entonner l'hymne national.
La droite considère que le tribunal spécial né de l'accord de paix avec la guérilla des Farc en 2016, qui juge notamment des militaires accusés d'exactions contre des civils durant le conflit interne en Colombie, est biaisé. M. de la Espriella a promis de le supprimer.
Le candidat, novice en politique, inspire "passion, émotion, respect", affirme à l'AFP le sergent à la retraite José Espinosa, selon qui l'armée "a versé son sang pour le pays".
- "El Tigre"
Selon le site internet du candidat Abelardo de la Espriella, son surnom de "El Tigre" est né d'une déclaration de l'ex-président Alvaro Uribe (2002-2010), qui le soutient depuis l'échec de sa candidate au premier tour. Il avait estimé en 2024 que la Colombie avait besoin d'un "tigre" ou d'une "tigresse" à sa tête.
Avec l'image du félin aux dents acérées, M. de la Espriella copie le président ultralibéral argentin Javier Milei qui a adopté, avec succès, celle du lion.
"La campagne d'Abelardo reprend des symboles qui ont fonctionné, associés à des projets d'autorité forte, et le félin porte cela en lui", explique l'analyste politique Angel Beccassino.
M. de la Espriella se met en scène dans des vidéos générées par intelligence artificielle et se révèle un orateur efficace lors de ses meetings, avec force feux d'artifice. "Il a une forte capacité d'acteur, il transmet", estime M. Beccassino, auteur du livre "Abelardo de la Espriella, la passion du défenseur".
- Fans de K-pop
La campagne sobre, au point d'être jugée ennuyeuse par certains experts, du candidat de gauche Ivan Cepeda, philosophe de formation, tranche avec celle du rival de droite.
L'allié du président de gauche sortant Gustavo Petro accepte avec reconnaissance l'aide de fans de musique pop sud-coréenne.
"Votre force irrésistible sur les réseaux et dans la rue est en train de mobiliser l'espoir de toute une génération", leur a lancé M. Cepeda sur X.
Généralement issus de la génération Z, ces fans de K-pop se sont mobilisés pour soutenir la campagne du défenseur des droits humains de 63 ans, avec des chorégraphies filmées ou lors d'événements, sur des chansons de BTS et d'autres groupes.
Le sénateur Cepeda n'hésite pas à reprendre le geste du coeur coréen, popularisé par les stars de la K-pop et formé en croisant le pouce et l'index.
Beaucoup des fans de K-pop faisant campagne pour Ivan Cepeda "sont des personnes LGBT, des femmes, des jeunes, des personnes issues des minorités qui ressentons une grande menace en cas d'accession au pouvoir d'Abelardo de la Espriella", explique le politologue Sebastian Solano, 28 ans, soutien du candidat de gauche.
- Maillot jaune
En pleine effervescence du Mondial de football 2026, le maillot jaune de l'équipe nationale est devenu un symbole très disputé par les deux camps.
Abelardo de la Espriella se l'est approprié le premier, le revêtant lors de ses meetings, à l'instar de l'ancien président brésilien d'extrême droite brésilien Jair Bolsonaro qui a fait du maillot de la Seleçao un symbole partisan.
Le camp Cepeda l'a accusé d'avoir "volé" le maillot et a tenté, sans succès, un recours en justice.
Le président sortant Gustavo Petro et des ministres du gouvernement tentent désormais de se l'approprier à leur tour, apparaissant tout de jaune vêtus.
R.AbuNasser--SF-PST