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L'UE prête à approuver la création de centres pour migrants à l'étranger
Certains veulent renvoyer des migrants sans attendre, d'autres sont plus sceptiques: l'Union européenne devrait approuver mercredi une réforme majeure de sa politique migratoire, ouvrant la voie à la création de centres pour migrants en dehors du territoire européen.
Ces "hubs de retour" sont vivement plébiscités par plusieurs pays européens comme le Danemark, l'Autriche ou l'Allemagne, qui ont déjà commencé à imaginer où les installer et quand les ouvrir -- avant même d'attendre ce feu vert européen.
Ils ont été proposés par la Commission européenne il y a un peu plus d'un an en plus d'autres mesures, toutes destinées à augmenter significativement le nombre d'expulsions du territoire européen.
Environ 20% des décisions de renvoi prises dans l'UE aboutissent réellement aujourd'hui. Cela s'explique entre autres par la difficulté qu'ont certains Etats européens à renvoyer des exilés dans leur pays d'origine.
Mais ce chiffre est régulièrement brandi par les partisans d'une ligne migratoire plus ferme comme l'illustration d'une Europe qui n'a pas de prise sur sa gestion des flux migratoires.
- "Reprendre le contrôle" -
Sous pression pour serrer la vis, Bruxelles a donc proposé d'autoriser les Etats européens à envoyer des personnes dont la demande d'asile a été rejetée dans des centres installés dans des pays tiers. Les fameux "hubs de retour".
Le texte inclut également des règles et sanctions plus strictes pour les migrants refusant de quitter le territoire de l'UE, comme des confiscations de documents d'identité, des détentions et des interdictions d'entrée prolongées sur le territoire.
Autant de mesures qui suscitent l'enthousiasme des droites au Parlement et d'une large majorité d'Etats membres. Tous comptent s'accorder sur une version finale en fin de journée mercredi.
"Ce n'est pas un texte de plus, mais la condition pour reprendre le contrôle de la politique migratoire en Europe", a déclaré l'eurodéputé français François-Xavier Bellamy à l'AFP.
La gauche et les ONG sont au contraire vent debout contre ces mesures, qu'elles jugent contraires au droit international.
"Loin de résoudre le problème qu'elles prétendent traiter, à savoir la réduction de la migration irrégulière, ces propositions risquent de précipiter davantage de personnes dans des situations précaires", a alerté Olivia Sundberg Diez, d'Amnesty International.
- Des accords "d'ici la fin de l'année"? -
L'idée de créer des hubs pour détenir des migrants avant ou après l'examen de leur demande d'asile n'est pas nouvelle.
Elle a été testée par l'Italie en Albanie, sous l'impulsion de la Première ministre Giorgia Meloni. Mais le centre est longtemps resté largement vide, en raison d'une série de contestations judiciaires. En début d'année, il accueillait environ 90 personnes, selon une source au sein des autorités italiennes.
Un accord sur le sujet avait également été scellé entre le Royaume-Uni et le Rwanda, mais Londres a rapidement abandonné le projet, là encore en raison d'obstacles juridiques.
Les pays de l'UE intéressés par ces centres -- ils sont aujourd'hui cinq à être particulièrement actifs sur la question -- veulent éviter de répéter les mêmes erreurs.
Ils se réunissent donc régulièrement à Bruxelles afin de plancher sur différents modèles.
Selon des sources proches des discussions, ils ont notamment élaboré une liste d'une dizaine de pays avec lesquels ils pourraient être susceptibles d'ouvrir des centres, ou d'autres projets migratoires. Et en ont même déjà contacté quelques uns, d'après un diplomate s'exprimant sous couvert d'anonymat.
Le Rwanda, l'Ouzbékistan ou l'Ouganda sont régulièrement cités comme étant des pistes crédibles.
L'Allemagne, très active sur ce dossier, a dit vouloir conclure de premiers accords "d'ici la fin de l'année".
D'autres pays, dont la France et l'Espagne, se montrent sceptiques quant à l'efficacité de ces centres et sont restés en retrait des discussions.
L'UE explore en parallèle d'autres façons d'expulser des migrants. Elle a notamment annoncé il y a quelques jours avoir invité une délégation de responsables talibans à Bruxelles pour évoquer le renvoi de migrants en Afghanistan, suscitant là encore une levée de boucliers de la gauche et d'ONG.
Q.Bulbul--SF-PST