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Dans le désert de l'ouest de l'Inde, récolter du sel dans la fournaise
Dans les déserts de l'ouest de l'Inde, les températures extrêmes écrasent tout au point de défier l'endurance des humains. Alors ceux qui sont contraints de travailler dans la fournaise pour récolter le sel n'ont eu d'autre choix que d'apprendre à s'en protéger.
Pauses répétées, horaires de travail adaptés ou astuces fraîcheur en tous genres, tous les remèdes sont bons pour survivre quand le thermomètre s'affole.
Dans l'immensité de la steppe du Kutch, dans l'Etat du Gujarat, il dépasse régulièrement l'été les 45 degrés Celsius, jusqu'à parfois 47 à 48.
Plus de 50.000 ouvriers y séjournent huit mois par an pour ramasser le sel, sans accès à l'électricité et alimentés en eau par des citernes une fois tous les vingt-cinq jours. Dès le mois de mai, la chaleur y est suffocante.
"Nous sommes obligés de travailler en horaires décalés, soit tôt le matin soit une fois le soleil couché", décrit Babulal Narayan, 48 ans, un des ouvriers qui, râteau en main, arrachent le sel des bassins inondés lorsqu'ils s'assèchent sous l'effet du vent et du soleil.
Les trois quarts du sel indien sont produits dans ce marais saisonnier du nord du Gujarat, l'un des plus grands déserts salés de la planète.
Quand la fournaise atteint son pic, les récolteurs du sel se réfugient dans des huttes en bois drapées de linges et plâtrées de bouse d'âne. "On s'assied là deux ou trois heures, comme ça on ne sent pas trop faibles ou étourdis", dit Bhavna Rathore, 17 ans.
- Se refroidir à tout prix -
La bouse fait écran au soleil et laisse la chaleur de l'intérieur s'échapper, explique la jeune femme, et les linges permettent de faire passer un peu d'air.
Pour s'hydrater, Kanchan Narayan, 44 ans, recourt elle à une gourde d'eau qu'elle entoure d'un linge mouillé. "Le vent aide à refroidir l'eau", assure-t-elle.
Quant à Poornima, il préfère ingurgiter de grandes gorgées d'un thé chaud, qui le fait transpirer et baisse ainsi la température de son corps.
L'Inde est entrée en mai dans sa période la plus chaude de l'année. Les services météo (IMD) anticipent cette saison un nombre de jours de canicule "supérieur à la normale" dans plusieurs régions, dont le Gujarat.
Jusqu'à récemment, les ouvriers du sel ne piétinaient dans les bassines que jusqu'en mars, avant les chaleurs.
Mais la récolte s'étend désormais jusqu'aux premières fièvres de mai. La faute à l'énergie solaire, qui a supplanté le diesel pour faire tourner les pompes à eau. Moins chère, elle a rendu rentable la poursuite de l'activité jusqu'en début d'été.
Le revenu des familles y gagne, mais au prix d'une exposition prolongée à la canicule qui pèse sur leur santé. Fièvres, malaises, nausées sont plus fréquentes... La chaleur extrême peut même causer des arrêts cardiorespiratoires.
- Tempête -
"Dès que la fièvre monte, je prends un paracétamol", minimise Kanchan Narayan.
La loi indienne ne fixe pas de température maximale pour le travail à l'extérieur. Elle se contente de le limiter, sur la base des seuils fixés par les services météo - la canicule est décrétée à 40 degrés, une alerte "sévère" à partir de 47.
Dans les bassines de sel du Gujarat, l'air très sec favorise la transpiration et donc le refroidissement du corps.
Des conditions qui permettent aux ouvriers de travailler sous des températures qui seraient mortelles avec de forts taux d'humidité. Des études scientifiques ont ainsi établi qu'une exposition pendant six heures à 35 degrés et sous 100% d'humidité serait fatale.
Le réchauffement climatique à l'échelle de la planète pèse évidemment sur l'activité des récolteurs de sel.
Mais plus que de la hausse des températures, Babulal Narayan s'inquiète de l'accélération de la fréquence et de l'intensité des épisodes climatiques violents qu'il provoque.
"Le mois dernier, nous avons été victimes d'une tempête de poussière qui a détruit toute une récolte de sel d'une valeur de 200.000 roupies (environ 1.800 euros)", rapporte-t-il. Une somme pour ce père de trois enfants, dont l'année de labeur lui rapporte 250.000 roupies (2.200 euros).
Mais même avec une chaleur à la hausse, les récolteurs de sel n'ont pas d'autre choix que de continuer. "Nous n'avons pas de terre à cultiver ni de bétail à élever", dit Rasoda Rathore, 65 ans, "que pourrait-on faire d'autre ?"
F.AbuShamala--SF-PST