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Argentine: victoire pour Milei, sa réforme de flexibilisation du travail définitivement adoptée
Le Sénat argentin, après la chambre des députés, a définitivement adopté vendredi soir une réforme de flexibilisation du travail chère aux yeux du président ultralibéral Javier Milei, un texte clivant et aux effets incertains sur l'emploi.
La loi dite de "modernisation du travail" --de "précarisation" rétorquent les syndicats-- facilite les licenciements, réduit le barème d'indemnités, autorise l'extension de la journée de travail à 12 heures, limite de facto le droit de grève en élargissant les services dits "essentiels" et autorise le fractionnement des congés.
"HISTORIQUE. Nous avons modernisé le droit du travail", s'est réjoui sur X Javier Milei.
Cette victoire pour le dirigeant libertarien dans son élan de dérégulation intervient après des semaines de tractations parlementaires et de manifestations parfois émaillées de violences, et à deux jours de son discours annuel au Parlement, dimanche, qui va lancer politiquement sa troisième année de mandat.
"Cette loi va démanteler l'un des plus grands mensonges de l'histoire du droit du travail argentin: l'idée que détruire des emplois, c'est défendre des droits", a déclaré la sénatrice Patricia Bullrich, membre du parti au pouvoir La Libertad Avanza.
"Mettez-vous bien cela dans la tête, il n'y a pas d'emploi sans investissement, sans entreprises", a-t-elle affirmé dans l'hémicycle, assurant que "la prévisibilité" et "des règles claires" favoriseront la création de nouvelles entreprises.
- Prochaine étape judiciaire -
Les syndicat ont prévu de contester en justice dès lundi cette loi qu'ils jugent "régressive".
"Ce qu'il nous reste, c'est interpeller le pouvoir judiciaire pour qu'il constate l'inconstitutionnalité de cette loi", a déclaré le cosecrétaire général de la grande centrale syndicale CGT Jorge Sola, en annonçant aussi une nouvelle manifestation lundi.
Les mobilisations et la grève générale du 19 février "n'ont pas suffi" à convaincre les parlementaires de voter contre la réforme, s'est-il lamenté.
"Ils vont disposer de notre temps avec ces vacances fragmentées, cette +banque d'heures+ (au lieu d'heures supplémentaires payées à fort taux, NDLR), c'est un désastre", a déploré auprès de l'AFP Vanessa Paszkiewicz, enseignante de 45 ans, parmi une poignée de manifestants rassemblés vendredi devant le Parlement sous des pancartes telles "Non à l'esclavage!"
- Pas d'embauches prévues -
Quelques concessions de l'exécutif, comme celles sur les contributions patronales à la couverture santé ou les indemnités pour arrêt maladie, ont fini par assurer au texte un soutien parlementaire au-delà du seul parti libertarien miléiste.
Si le patronat, à l'instar du président de l'Union industrielle (UIA) Martin Rappallini, salue un texte qui combat la judiciarisation du monde du travail, un "problème structurel dissuasif" selon lui, il met aussi en garde: "la création d'emplois dépend de nombreux facteurs et ne se résout pas uniquement par une loi", souligne-t-il.
De fait, un rapport de l'Institut de la statistique (Indec) sur l'humeur des entreprises suggère que la réforme n'aura guère d'effet sur l'emploi à court terme.
Dans l'industrie, 80% des entreprises disent n'avoir aucun projet d'embauche dans les trois mois à venir, et 15% prévoient même une diminution d'effectifs.
Ce qui alarme le plus les entreprises, appuie l'enquête, c'est la demande intérieure insuffisante, résultat d'un pouvoir d'achat en berne et d'une consommation anémiée. C'est le revers de la médaille de l'austérité budgétaire de Milei qui lui a permis de dompter l'inflation, ramenée en deux ans de 150% à 32% en interannuel.
Annoncé mardi, le rebond de la croissance en 2025 (+4,4%), venu après la contraction de 2024 (-1,8%), ne dit pas autre chose. L'économie a été tirée par le secteur agraire (+32%), les mines, les services financiers, mais l'industrie (-3,9%) et le commerce (-1,3%) sont sinistrés.
Près de 300.000 emplois ont été perdus, secteurs public et privé confondus, en deux ans de présidence Milei.
Du coup les Argentins eux-mêmes sont très partagés quant au bien-fondé de la réforme du travail. Selon un récent sondage, 48,6% l'approuvent, 45,2% y sont opposés.
Q.Najjar--SF-PST