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Safran se convertit à la géothermie pour décarboner son usine de Villaroche
La géothermie au service de l'industrie: Safran va faire de l'une de ses usines, où il produit des moteurs pour Airbus, Boeing et le Rafale, le premier site industriel d'Ile-de-France chauffé grâce à l'énergie calorifique du sous-sol.
Le géant de l'aéronautique s'est associé à Dalkia, filiale d'EDF, et Arverne Group pour réduire de 75% les émissions de carbone liées au chauffage de cette usine, située à Villaroche, en Seine-et-Marne, et éviter ainsi 6.500 tonnes de CO2 chaque année.
Sur une parcelle du site, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Paris, un immense forage creuse le sol pour aller puiser à 1.650 mètres de profondeur une eau à 75°C.
La géothermie consiste à valoriser cette chaleur naturelle du sous-sol en émettant peu ou pas de gaz à effet de serre.
Un premier puits, déjà achevé, servira à puiser l'eau chaude présente dans l'aquifère du Dogger, qui parcourt l'Ile-de-France.
Le second, en cours de construction, "va finaliser cette boucle géothermale" en réintroduisant l'eau dans la nappe après son passage dans les échangeurs thermiques de la centrale, explique Loïc Haslin, directeur général de la filiale forage profond d’Arverne.
L'eau prélevée est intégralement restituée. "On ne ponctionne rien", souligne le dirigeant. "Tout ce qu'on fait, c'est faire circuler cette eau chaude depuis le sous-sol jusqu'en surface; on lui prend ses calories et on la réinjecte. C'est le principe de la géothermie: la chaleur de la terre réchauffe les fluides sous la surface."
Avec ce projet, Safran Aircraft Engines va remplacer intégralement ses anciennes chaudières à gaz par une énergie locale et renouvelable. La centrale, qui couvrira 84% des besoins en chaleur du site, sera opérationnelle en octobre prochain.
Initié à l'automne 2024, ce projet s'inscrit dans la feuille de route décarbonation du groupe. Le secteur aérien vise zéro émission nette de CO2 d'ici à 2050.
"Ce projet géothermie s'inscrit complètement là-dedans", décrit Delphine Berilloux, directrice des responsabilités humaines et sociétales de Safran Aircraft Engines. Il doit permettre à Safran de réduire d'ici 2030 de 50% ses émissions de CO2 par rapport à 2018, souligne-t-elle.
Avec environ 6.500 personnes qui y travaillent, Villaroche, qui va fêter ses 80 ans cette année, "est le plus grand site de Safran", poursuit-elle. "C'est l'équivalent d'une ville".
- Visibilité industrielle -
L'usine accueille aussi les équipes ingénierie qui travaillent sur les moteurs d'avions du futur, souligne Delphine Berilloux.
A quelques dizaines de mètres de la plateforme de forage se trouve l'immense banc d'essai qui va tester le démonstrateur Rise, sur lequel le motoriste et son partenaire GE Aerospace misent pour accélérer la décarbonation de l'aérien via leur co-entreprise CFM International.
Safran est l'un des très rares industriels à s'être engagé dans un projet de géothermie profonde, dont le principal frein est lié aux coûts d'investissement. Dans le cas de Villaroche, le montant est d'environ 30 millions d'euros.
D'autres se sont désengagés, comme Renault qui a renoncé à son projet pour son usine de Douai (Nord).
Ce sont des investissements qui s'amortissent sur dix, quinze ans minimum, explique David Coutelle, du bureau d'études en environnement Ginger Burgeap et président de la commission géothermie du Syndicat des énergies renouvelables (SER).
"Il faut des industriels qui soient prêts à signer un contrat sur de telles durées, ce qui est extrêmement rare", poursuit-il, même si le coût de l'énergie est très bas dans la durée et permet de se prémunir des fortes variations de prix, comme lors de la crise en 2022.
"On n'a malheureusement pas en Ile-de-France tant de sites industriels avec à la fois à un besoin de chaleur important et la visibilité industrielle pour le faire parce que, c'est vrai, ce sont des investissements assez importants", reconnaît Benoît Guiblin, directeur régional Ile-de-France de Dalkia.
Mais "la décarbonation, c'est aussi un outil de compétitivité", estime-t-il en rappelant que l'industrie représente environ 20% des émissions de gaz à effet de serre en France.
La géothermie "permet d'avoir une stabilité du coût énergétique extrêmement forte, donc de la visibilité. Et pour un industriel, c'est évidemment essentiel", conclut-il.
T.Khatib--SF-PST