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Au Somaliland, Israël attendu comme le sauveur face à la crise de l'eau
Sur le champ familial de Faysal Omar Salah, des centaines de mètres de sillons ensemencés de longue date demeurent à l'état de terre poussiéreuse. Le Somaliland attend impatiemment l'aide israélienne pour sauver son agriculture des récurrentes sécheresses.
"Nous sommes désespérés", soupire le trentenaire chétif, dont les deux enfants, déscolarisés, ne survivent que grâce au lait que donne son bétail.
Dans la retenue d'eau de Lallays, son village, qui surplombe le champ, des dizaines de chameaux s'emploient à brouter des plantes sauvages. Mais pas une flaque ne subsiste.
De mémoire locale, aucune pluie n'est tombée depuis juin ou juillet dernier sur cette zone située à quelques dizaines de kilomètres de la capitale Hargeisa, constellée d'acacias, et qui se trouve pourtant dans la partie du Somaliland où les précipitations sont les plus régulières.
"Si la crise de l'eau persiste, nous devrons quitter cette terre pour aller en ville", se lamente l'agriculteur, qui place désormais ses espoirs dans "Allah qui apportera la pluie" et... Israël, qui l'"aidera à cultiver ses terres arides".
Fin décembre, le gouvernement israélien est devenu le premier à reconnaître officiellement le Somaliland depuis sa sécession en 1991 de la Somalie.
Si la république autoproclamée fonctionne depuis en autonomie, Mogadiscio, qui la considère toujours sous son contrôle, a dénoncé "la plus grande des violations contre (sa) souveraineté".
Israël, accusé d'avoir négocié l'établissement d'une base militaire au Somaliland en échange de sa reconnaissance du pays - ce que dément Hargeisa -, préfère vanter la coopération bilatérale à venir dans le civil : l'économie, l'agriculture, la santé... et surtout, l'eau.
- Insécurité alimentaire -
Vingt-cinq experts en eau ont décollé samedi pour une formation en Israël, a-t-on appris auprès du ministère de l'Eau somalilandais.
Le chef de la diplomatie israélienne Gideon Sa'ar, lors d'une visite début janvier, avait également promis d'envoyer des spécialistes israéliens pour "aider à mettre en œuvre ces nouvelles capacités".
Israël, Etat aride, s'est imposé comme un champion de la gestion de l'eau. Près de 90% de ses eaux usées sont recyclées. D'énormes usines de dessalement de l’eau de mer assurent plus de 80% de l'approvisionnement en eau potable du pays.
Israël a aussi perfectionné des techniques agricoles, comme l'irrigation au goutte à goutte, pour minimiser les consommations.
Des expertises cruciales face au changement climatique, qu'Israël met en avant lorsqu'il veut améliorer ses relations avec des pays souffrant de manque d'eau.
Au Somaliland, les deux saisons des pluies annuelles sont depuis cinq ans souvent tardives et peu abondantes, engendrant de fréquentes sécheresses, selon le ministère de l'Agriculture somalilandais.
D'autant que 90% des fermiers, à l'instar de Faysal Omar Salah, pratiquent une agriculture traditionnelle, uniquement basée sur les précipitations, observe Abdirazak Sheikh Muhamad, un agronome somalilandais.
Leurs repas provenant de ce qu'ils produisent, "la situation nutritionnelle est très mauvaise", regrette-t-il.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime qu'un quart de la population de la Somalie - qui pour les agences onusiennes inclut le Somaliland -, soit 4,4 millions de personnes, est confronté à de graves niveaux d'insécurité alimentaire.
Alors que l'aide internationale s'est effondrée, le PAM estime qu'il sera contraint d'interrompre son assistance alimentaire d'urgence d'ici quelques semaines sans de nouveaux financements.
- L'eau, la vie -
A quelques kilomètres des champs sinistrés de Faysal Omar Salah, Muhumad Mohamad Ismail, plus vigoureux, s'active sous ses orangers verdoyants, qu'entourent quelques papayers.
Ce fermier somalilandais, âgé de 45 ans, affirme avoir perdu 150 arbres fruitiers du fait des sécheresses. Il soigne désormais patiemment les 70 restants.
Chaque fois qu'il les arrose, il creuse d'abord la terre entourant les troncs, puis il verse l'eau. Une fois que celle-ci a imprégné le sol, il le recouvre d'une nouvelle couche de terre, pour éviter l'évaporation.
A côté de sa maison, l'agriculteur a fait construire un grand réservoir en béton, payé 2.500 dollars (2.130 euros), une fortune au Somaliland, grâce à la vente d'une partie de son bétail. Une dizaine de fois par an, il fait venir des camions d'eau pour le remplir.
Quand il pleut un peu, il dit planter du sorgho, pour nourrir ses animaux.
"Tout ce que je fais est lié à l'eau, sourit-il doucement. S'il n'y a pas d'eau, il n'y a pas de vie."
Seules 10% des terres du Somaliland sont arables, dont 3% à peine sont cultivées. Le directeur de la Planification au ministère somalilandais de l'Agriculture, Mohamed Sahal, escompte voir ce pourcentage bondir grâce à l'aide israélienne.
"Inch'Allah, Israël va nous aider à changer nos pratiques agricoles, s'enthousiasme un cadre du ministère, Mokhtar Dahir Ahmed, parce que pour les changer il faut des connaissances".
E.AbuRizq--SF-PST