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Airbus croit à l'avion à hydrogène et presse l'Europe de trancher sur les programmes de défense
Malgré le recul des politiques environnementales et le pessimisme de la filière aéronautique en France, le patron d'Airbus Guillaume Faury continue de croire à l'avion à hydrogène pour la seconde moitié du XXIᵉ siècle.
Dans un entretien avec l'AFP, il appelle également les Etats membres des programmes de défense européens en difficulté comme le Scaf (le programme de système de combat aérien futur) et l'Eurodrone à trancher pour qu'Airbus puisse s'adapter au plus vite.
Question: Pour Olivier Andriès, directeur général de Safran et président de la filière aérospatiale Gifas, l'avion à hydrogène est pour le siècle prochain. Revoyez-vous aussi vos ambitions à la baisse?
Réponse: Chacun voit midi à sa porte. Nous, on y croit sérieusement, on y travaille, et on y voit un horizon commercial beaucoup plus rapproché que cela.
Nous sommes convaincus que la décarbonation de l'aviation est un sujet important, et que l'hydrogène vert est la technologie qui permet de le faire (...) Il faut un développement d'un écosystème de fabrication, de production et de distribution d'hydrogène décarboné.
Avec tout ce qui se passe dans le monde en ce moment, ce sujet est passé plutôt au deuxième plan.
Mais il y a beaucoup d'autres industries qui en ont besoin.
Il y a un balancier qui repart dans l'autre sens, essentiellement compte tenu de la politique de l'administration américaine. Mais il n'est pas exclu que les choses repartent dans l'autre sens, parce que le réchauffement climatique est en cours.
C'est une technologie qui va prendre son envol dans la deuxième partie de ce siècle.
Q: Quel serait le plan B pour vous en cas d'abandon du projet de l'avion commun du Scaf ?
R: Ce sont les Etats qui payent le développement d'un avion, qui mettent en commun leurs ressources financières pour ensuite l'exploiter.
Quand on fait un avion de chasse, on fait ce que d'autres veulent.
Stratégiquement, la France, l'Allemagne et l'Espagne se sont mises d'accord pour faire ce programme, pour le commencer en tout cas, et faire la phase technologique ensemble. Maintenant il faut passer à la phase de construction du démonstrateur ensemble.
Cela devient plus compliqué sur qui fait quoi, qui se retrouve dépendant de l'autre, qui apporte quelles technologies et comment il les protège sans priver l'autre de solutions dont il va avoir besoin.
Est-ce que les Allemands, les Espagnols, potentiellement les Français veulent travailler avec les Anglais, les Italiens, les Suédois, ou tout seuls ? Ce n'est pas à moi à répondre à cette question.
Nous on travaille déjà beaucoup avec Leonardo, on travaille beaucoup avec BAE Systems, dans le missilier MBDA, dans l'Eurofighter. On travaille moins avec Saab.
Les Suédois ont toujours été très autonomes et indépendants, et s'ils devaient rentrer dans une coopération, ils vérifieraient que le mode de coopération fonctionne.
Pour l'instant, on a besoin de savoir quel est le scénario: (...) un avion en commun, un avion pas en commun mais avec un moteur en commun, les avioniques et les systèmes en commun, ou si chacun veut aller de son côté.
Q: On entend de sources concordantes que la France s'apprête à quitter le programme Eurodrone qu'Airbus développe pour la France, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie. Pour Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l'armée de l'air, c'est "le drone d'hier qu'on aura peut-être demain". Quel impact pour Airbus?
R: On n'entend pas la même chose de chacun de nos clients sur l'Eurodrone. Si la France considère qu'elle n'aura pas l'utilisation de ce produit au moment où il va arriver ou que c'est trop d'argent pour une capacité qui ne l'intéresse pas, nous respecterons cela.
S'ils veulent sortir du programme, réduire leur participation, c'est quelque chose que les clients doivent discuter entre eux. Airbus s'organisera pour rendre possible la solution qui permettra aux autres pays de continuer à avoir l'Eurodrone.
Si une reconfiguration doit avoir lieu, on espère qu'on puisse avoir un projet qui ne soit pas trop en retard. C'est cela qui me préoccupe aujourd'hui.
Quand on change les hypothèses en cours de route sur ces deux programmes, beaucoup plus sur le Scaf que sur l'Eurodrone, on perd du temps, on perd de l'argent, on est moins efficace.
G.AbuGhazaleh--SF-PST