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Au centre de l'Afghanistan, les fleurs de l'indépendance pour Rahima
Rahima Alavi guide sa machine à coudre et fait surgir de délicates feuilles et fleurs en fil de soie. Après des mois de "désespoir", cette Afghane de 22 ans a retrouvé indépendance et fierté grâce à la broderie.
Au-dessus de sa boutique ouverte en début d'année dans la ville de Bamiyan, au centre de l'Afghanistan, l'enseigne annonce: "Les fleurs du printemps, couture et broderie".
A l'intérieur, la machine à coudre à pédale fait face au petit présentoir tandis qu'un minuscule chauffage garde le fer à repasser au chaud. L'espace est petit, mais pour Rahima, il représente une immense victoire contre la pauvreté, le déterminisme social et les discriminations.
"Aujourd'hui, grâce à ce que je gagne, je peux pourvoir aux besoins de mes parents et de mes trois soeurs. Je suis très fière", dit-elle. Sur son manteau bordeaux, restent accrochés quelques bouts de fil vert, jaune ou orange, ces fils qui ont redonné des couleurs à sa vie.
Née dans une région rurale où les populations se sentent souvent délaissées par le pouvoir central, Rahima grandit en aidant ses parents aux travaux agricoles en plus de l'école.
En 2021, la famille émigre vers l'Iran. "Il y avait plus d'opportunités d'emploi, là-bas hommes et femmes peuvent travailler", raconte-t-elle.
Rahima et sa famille cueillent des choux près d'Ispahan, au centre de l'Iran. Ils sont payés peu, à la journée, mais construisent une nouvelle vie.
Puis l'Iran commence à accuser les Afghans de faire monter le chômage, les menaces d'expulsion. En 2024, la famille est contrainte de rentrer, comme des centaines de milliers d'autres, dans un Afghanistan où elle n'a plus rien.
Le sourire de Rahima s'efface en évoquant cette période: "Mon père ne trouvait pas de travail, moi et mes trois soeurs non plus. J'étais vraiment désespérée".
Seules 1% des femmes revenues du Pakistan et d'Iran ont retrouvé un emploi à temps plein et 2% détiennent un commerce, selon une enquête de l'Organisation internationale des migrations (OIM).
Dans l'Afghanistan où Rahima revient, les autorités talibanes ont interdit aux femmes de poursuivre leurs études au-delà du primaire et d'exercer de nombreux emplois. Certaines peuvent encore travailler dans le médical ou l'artisanat, mais tenir un salon de beauté est proscrit.
- "Tant de défis" -
Rahima postule pour une formation broderie financée par le Haut-Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR): "Quand j'ai vu mon nom sur la liste des 26 personnes retenues, j'ai repris espoir. Mon espoir a grandi au fil des cours".
Sa professeure, Rayhana Darabi, se souvient "d'une élève talentueuse": "Quand j'enseignais, elle était tellement déterminée qu'elle avait tout appris de la leçon le jour même".
Le HCR fournit à Rahima une machine à coudre, des ciseaux, une table, du tissu, des fils...
"Nous versons aussi à celles qui terminent, une aide financière pour acheter un panneau solaire et une batterie", essentiels dans un pays aux multiples coupures d'électricité, explique à l'AFP Arash Behazin, chargé des programmes de réintégration au HCR.
Grâce à ce coup de pouce Rahima a pu ouvrir sa boutique, épaulée par une de ses meilleures amies.
"Nous sommes très heureux car les femmes font face à tant de défis en Afghanistan", confie sa professeure, qui a elle perdu son travail, les formations broderies s'étant arrêtées à Bamiyan, sur fond de baisse drastique de l'aide internationale.
"S'il vous plaît, relancez le programme! Les femmes ont tellement besoin d'emploi", plaident Rayhana et Rahima. En 2025, le HCR a aidé 2.392 personnes à se former dans le pays, principalement des femmes.
Pour 2026, il aura besoin de 182 millions d'euros "pour "venir en aide aux déplacés et rapatriés", mais il n'a jusqu'à présent récolté que 8% de ce montant, a regretté le 13 février son représentant Arafat Jamal.
Aux Afghanes chassées d'Iran, comme elle, Rahima conseille de chercher toutes les opportunités pour se former et travailler: "Ne restez pas à la maison".
Dans sa boutique, elle décore robes, nappes, cadeaux d'entreprises...Sur une écharpe qu'elle voudrait porter, elle a brodé des papillons mauves prenant leur envol.
Y.AlMasri--SF-PST