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"Trop beau pour être vrai": la bulle crypto éclate au Vietnam
Hoang Le, étudiant en informatique à Hanoï, avait fait fortune en spéculant sur les cryptomonnaies depuis sa chambre universitaire. Son portefeuille numérique ne vaut quasiment plus rien aujourd'hui avec l'effondrement du bitcoin.
Encouragé par ses amis gamers, il avait amassé jusqu'à 200.000 dollars, soit environ 50 fois le revenu annuel moyen au Vietnam. Tout perdre lui a fait "très mal", mais le jeune homme de 23 ans considère cela comme une "taxe d'apprentissage".
"Tout le monde est devenu cupide quand les profits étaient élevés", témoigne-t-il. "C'était trop beau pour être vrai".
Contrairement à la Chine voisine, qui a interdit les cryptomonnaies, le Vietnam communiste a permis leur développement dans une zone grise juridique: elles ne peuvent pas être utilisées comme moyen de paiement, mais les gens sont libres de spéculer.
Le pays est ainsi devenu un pionnier en la matière, avec environ 17 millions de détenteurs d'actifs numériques dans cette nation jeune et dynamique de 100 millions d'habitants.
Seuls l'Inde, les Etats-Unis et le Pakistan devançaient le Vietnam en 2025, selon un classement du cabinet Chainalysis.
Mais les cryptomonnaies se sont effondrées depuis l'automne et les startups vietnamiennes spécialisées dans le secteur ont été durement touchées.
"De nombreuses entreprises ont mis la clé sous la porte à cause de cette crise", affirme Tran Xuan Tien, président de l'association blockchain de Hô Chi Minh-Ville. "D'autres réduisent leurs effectifs pour prolonger leur survie".
La société Ninety Eight a licencié près d'un tiers de son personnel depuis l'an dernier et son cofondateur, Nguyen The Vinh, anticipe davantage de "restructurations", compte tenu des perspectives alarmantes.
"Le marché restera probablement difficile pendant des années, pas seulement des mois", s'inquiète-t-il. "On doit donc prévoir des plans B".
- "Ambiance morose" -
La scène crypto vietnamienne a longtemps été le Far West avant que le gouvernement communiste, mené par le réformateur To Lam, ne commence à réguler un marché estimé à 100 milliards de dollars.
Une loi reconnaissant officiellement les monnaies numériques est entrée en vigueur le mois dernier, mais les investisseurs s'interrogent encore sur sa mise en oeuvre.
Hanoï a également annoncé un programme pilote de cinq ans pour l'échange de cryptos, qui doit permettre aux entreprises vietnamiennes d'émettre des actifs numériques.
Le flou persistant a toutefois poussé de nombreuses sociétés basées dans le pays à ne pas s'y enregistrer officiellement, préférant déposer leurs dossiers à Singapour ou Dubaï.
Selon Nguyen The Vinh, la "récession continue" et le "cadre juridique incertain" contraignent certaines entreprises à changer de cap, tandis que les nouveaux venus peinent à s'imposer face à des investisseurs en perte de confiance.
Huu, 24 ans, raconte que la levée de fonds pour sa startup de produits cryptos est soudainement devenue beaucoup plus difficile.
"Les choses se sont vraiment détériorées ces derniers mois", dit le jeune entrepreneur, qui a demandé à n'être cité que par son prénom, par crainte de nuire à son activité.
Les investisseurs étrangers, autrefois attirés par des promesses de rendements de 400 à 500%, découvrent désormais qu'ils pourraient "tout perdre", relève-t-il.
Les spécialistes estiment que la crise actuelle fait partie d'un cycle économique naturel et que des entreprises plus solides finiront par émerger, avec de meilleurs produits.
Une maigre consolation pour près de 55% des investisseurs individuels vietnamiens qui ont déclaré des pertes l'an dernier dans les cryptomonnaies, selon une analyse de marché.
"Beaucoup de gens échangent des cryptos au Vietnam", souligne Huu. "Quand les prix chutent, les gens se plaignent des pertes et l'ambiance générale devient morose".
L.Hussein--SF-PST