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L'UE promet de se réformer pour résister à la Chine et à Trump
Une Europe "plus rapide" et plus efficace: les Vingt-Sept sont réunis jeudi pour accélérer les réformes visant à redresser la compétitivité de l'économie européenne, débordée par la concurrence chinoise exacerbée et l'hyperpuissance américaine débridée.
Supprimer les réglementations inutiles, parfaire l'intégration du marché unique européen, et défendre les secteurs stratégiques: les dirigeants de l'UE sont arrivés au château d'Alden Biesen, une ancienne commanderie teutonique située dans le nord est de la Belgique, avec la même volonté affichée de mettre en oeuvre plus vite les réformes dont l'économie européenne a besoin.
Alors que la France et l'Allemagne divergent sur les priorités (protéger l'industrie via le "made in Europe" pour Paris, déréguler à tout-va pour Berlin), leurs dirigeants ont tenu à afficher leur unité en arrivant ensemble devant les journalistes, une façon de montrer que le moteur franco-allemand n'est pas cassé.
"On partage ce sentiment d'urgence que notre Europe doit agir très clairement" face à une "pression très forte", la concurrence déloyale de la Chine et les droits de douane des Etats-Unis, a souligné le président français Emmanuel Macron.
"Nous voulons une Europe plus rapide et nous voulons l'améliorer", a lancé le chancelier allemand, Friedrich Merz.
Au programme de cette "retraite" belge, dont le format plus informel veut trancher avec le cadre rigide des sommets bruxellois: l'urgence à réformer le marché unique européen, vaste espace de 450 millions de consommateurs, devenu au fil des décennies la colonne vertébrale de la construction européenne.
"Nous avons une priorité claire: renforcer la croissance essentielle à notre prospérité, pour créer des emplois de qualité et soutenir notre modèle social", a expliqué le président du Conseil européen Antonio Costa.
Car l'économie européenne souffre d'une croissance modeste (1,5% en 2025) et d'un manque de champions dans des domaines d'avenir comme l'intelligence artificielle, nourrissant des craintes de décrochage face à Pékin et Washington.
L'UE est en outre sous la pression des assauts de la Chine, qui contrôle les terres rares essentielles à l'industrie mondiale, inonde l'Europe de ses petits colis et dont l'excédent commercial gonfle sans cesse.
Le pression vient aussi des Etats-Unis, qui depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, ont menacé d'annexer le Groenland, dégainé l'arme des droits de douane et tiré à boulets rouges contre les règles numériques et environnementales de Bruxelles.
"Notre compétitivité est un problème de sécurité nationale", a résumé le président lituanien Gitanas Nauseda.
Car de la puissance économique dépend la capacité de l'UE à financer son effort de réarmement historique, négocier des accords commerciaux plus avantageux, et éviter d'être reléguée sur la scène internationale.
"Voulons-nous rester un simple grand marché, soumis aux priorités des autres? Ou voulons-nous prendre les mesures nécessaires pour devenir une puissance?", a martelé début février l'économiste italien Mario Draghi.
L'ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), dont le rapport sur l'avenir de l'UE avait fait figure d'électrochoc en 2024, a été invité à débattre avec les dirigeants européens à Alden Biesen.
- Traitement de choc -
Il s'agit de lever les barrières internes qui entravent l'activité économique, parfaire "l'union des marchés de capitaux" pour mettre l'épargne au service des entreprises, et réduire l'empilement des règlementations européennes et nationales.
Mais ce traitement de choc lancé depuis 18 mois par la Commission européenne s'est en partie enlisé dans les procédures législatives de l'UE.
Plusieurs dirigeants ont évoqué la possibilité de recourir à des "coopérations renforcées" pour appliquer certaines réformes - autrement dit de les restreindre aux pays volontaires - s'il est trop compliqué de s'entendre à 27.
Outre les divergences sur la "préférence européenne", Paris et Berlin sont en désaccord sur les moyens financiers à déployer. M. Macron a proposé un plan d'investissement massif qui serait financé par des emprunts communs ou "eurobonds", une idée rejetée à ce stade par Berlin.
Cette question sera abordée lors du prochain sommet européen en mars, dans le cadre des discussions sur le futur budget de l'UE.
Parmi les mesures concrètes qui devraient faire consensus jeudi, "EU Inc", un nouveau statut juridique pour les entreprises, qui permettra de réduire leurs contraintes administratives, et des dispositions pour réduire les coûts de l'énergie, un des principaux freins de l'industrie européenne.
M.AlAhmad--SF-PST