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L'Allemagne veut mieux protéger ses infrastructures face à la menace russe
Les députés allemands doivent adopter jeudi une loi visant à mieux protéger les infrastructures critiques, un texte longuement attendu mais aussi critiqué, dans un contexte d'actes de sabotage, notamment imputés à la Russie.
A partir de 12H15 (11H15 GMT), le Bundestag, la chambre basse du Parlement, se penchera sur le texte voulu par le ministre de l'Intérieur, Alexander Dobrindt.
Mardi, le même ministre avait annoncé l'adoption prochaine de cette loi et une récompense d'un million d'euros à ceux qui aideraient à retrouver les auteurs du sabotage ayant provoqué une vaste coupure d'électricité à Berlin début janvier.
L'incendie criminel d'une installation électrique, attribué à un nébuleux groupe d'extrême gauche, avait plongé dans le noir plus de 100.000 personnes, privé certains de chauffage, coupé les réseaux mobiles et internet et paralysé les transports en commun pendant plusieurs jours.
"Nous avons tous vu à quel point notre société est vulnérable et à quel point nous dépendons de la stabilité des infrastructures de notre pays", a relevé mercredi soir le chancelier Friedrich Merz.
Si cette attaque a mis en évidence la vulnérabilité de certaines infrastructures critiques, elle n'était pas la première.
Ces derniers mois, des câbles de communication, des lignes ferroviaires, des aéroports ont été visés par des sabotages ou des survols de drones.
- "Attaques hybrides" -
Le nouveau texte, qui vise à aligner l'Allemagne sur des directives européennes, obligerait quelque 1.700 prestataires de services essentiels (électricité, eau, grands hôpitaux, certaines chaînes de supermarchés) à repérer leurs vulnérabilités et muscler leurs défenses pour répondre à des attaques préméditées, des accidents, des catastrophes naturelles ou une pandémie.
Les nouvelles règles concernent les acteurs fournissant des services essentiels à plus de 500.000 personnes et dont la défaillance pourrait entraîner des dangers graves. Les sites concernés devront prévoir des moyens de protection et des sources d'alimentation énergétique de secours.
Si le gouvernement se félicite de ce texte, d'autres, comme le député vert Konstantin von Notz, expert de son parti pour les questions de sécurité nationale, le jugent insuffisant et "tardif", a-t-il déclaré à l'AFP.
Première économie européenne, l'Allemagne est devenue le principal soutien militaire de l'Ukraine face à l'invasion russe, et abrite depuis des décennies des bases de l'OTAN.
Mais ses infrastructures et son armée restent mal équipées. Le chancelier Friedrich Merz a fait de leur renforcement une priorité pour pouvoir faire face, le cas échéant, à Moscou.
Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a mis en garde mardi contre "le nombre croissant d'attaques hybrides dans de nombreux pays européens", citant des piratages informatiques, des câbles "coupés en mer Baltique" ou encore "l'espionnage par drones".
En vertu de la nouvelle loi, les exploitants d'installations critiques devront, outre les audits internes et les mesures préventives, signaler les incidents aux autorités et fournir un rapport détaillé.
Ils devront également organiser des formations, des exercices et des actions de sensibilisation pour leur personnel.
Pour plusieurs groupements d'entreprises, il s'agit d'un fardeau qui va peser sur l'efficacité du système sans garantir une meilleure sécurité.
Des voix relèvent aussi que le seuil de 500.000 habitants potentiellement affectés pour définir une infrastructure critique est arbitraire.
- "Aussi important que les chars" -
La panne d'électricité à Berlin, qui a touché plus de 100.000 personnes, et la lenteur de la réponse publique ont illustré les effets en cascade potentiels: réseaux mobiles, chauffage urbain, transports publics.
Pour le député Von Notz, le projet de loi est "à des kilomètres du système unifié de protection des infrastructures critiques dont nous avons besoin d'urgence".
Les systèmes d'infrastructures modernes sont "si vastes, si complexes et si interdépendants" qu'il est pratiquement impossible de les sécuriser complètement contre toutes les menaces, explique cependant Daniel Hiller, spécialiste de la sécurité à l'Institut Fraunhofer.
"Quiconque prétend qu'une protection à 100% est possible cherche à tromper les gens", ajoute-t-il.
Sabrina Schulz, directrice pour l'Allemagne du groupe de réflexion European Initiative, note qu'il faut donc avant tout créer des redondances, c'est-à-dire des systèmes parallèles capables de prendre le relai d'une installation en panne.
Renforcer les infrastructures est "au moins aussi important que les chars et les drones, sinon plus", dit-elle.
U.AlSharif--SF-PST