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Iran: le pouvoir ne "reculera pas" face aux manifestations, avertit Khamenei
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a averti vendredi que son pays ne "reculerait pas" face à une vague de contestation qui prend de l'ampleur et pose un sérieux défi à la République islamique, en place depuis 1979.
"Mort au dictateur": dans les rues de Téhéran et d'autres grandes villes, des Iraniens réclament désormais ouvertement la fin de cette théocratie chiite, après quasiment deux semaines d'un mouvement initialement lié au coût de la vie.
Devant ses partisans scandant en écho "mort à l'Amérique", Ali Khamenei a adopté un ton offensif, dans un discours diffusé par la télévision d'Etat.
"La République islamique ne reculera pas face aux saboteurs", a-t-il lancé, dénonçant la destruction la veille à Téhéran d'un bâtiment par "une bande de vandales".
Ce discours est intervenu au lendemain d'importantes manifestations à Téhéran, alors qu'internet, coupé jeudi dans tout le pays, demeure inaccessible, d'après l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.
Des images vérifiées par l'AFP montrent notamment des foules de personnes à pied à Téhéran défiant jeudi soir le pouvoir et des automobilistes klaxonnant en soutien au mouvement.
Dans le même temps, la télévision d'Etat iranienne a diffusé vendredi des images de milliers de personnes participant à des contre-manifestations et clamant des slogans favorables aux autorités.
Elle a aussi montré les dégâts causés selon elle par les protestataires, citant le maire de Téhéran selon lequel plus de 42 bus, véhicules publics et ambulances ont été incendiés, ainsi que 10 bâtiments officiels.
- Trump sera "renversé" -
Les Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de l'Iran, a jugé la situation "inacceptable", promettant de protéger la Révolution islamique. Et le pouvoir judiciaire a averti vendredi que la punition des "émeutiers" serait "maximale et sans aucune clémence juridique".
Un procureur du district de la ville d'Esfarayen, dans l'est de l'Iran, ainsi que plusieurs membres des forces de sécurité ont été tués jeudi soir lors de manifestations, a précisé le pouvoir judiciaire.
Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi, en visite au Liban, a accusé vendredi les Etats-Unis et Israël d'ingérence dans le mouvement de contestation, tout en écartant la possibilité d'une intervention militaire étrangère.
Pour l'ayatollah Khamenei, "l'arrogant" Donald Trump sera "renversé", à l'image de la dynastie qui a gouverné l'Iran jusqu'à la Révolution islamique de 1979.
Il a en outre accusé le président américain d'avoir les mains "tachées du sang de plus d'un millier d'Iraniens", dans une référence apparente à la guerre de 12 jours déclenchée en juin par Israël et à laquelle les Etats-Unis s'étaient associés.
La veille, M. Trump avait de nouveau menacé de "frapper très fort" l'Iran si les autorités réagissaient en tuant des manifestants. "Nous sommes prêts à le faire", a-t-il insisté, saluant "l'enthousiasme incroyable (du peuple) pour renverser ce régime".
Le président américain a même avancé vendredi que l'ayatollah Khamenei chercherait à quitter le pays, affirmant: "il cherche à aller quelque part".
- "Peur de son peuple" -
Le fils de l'ancien chah et figure de l'opposition en exil, Reza Pahlavi, a exhorté vendredi à une nouvelle démonstration de force dans les rues afin d'amplifier la mobilisation et "affaiblir davantage le pouvoir répressif du régime".
Ces manifestations sont les plus importantes en Iran depuis celles survenues après la mort en 2022 de Mahsa Amini, arrêtée pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin.
Elles éclatent au moment où le pays est affaibli après la guerre avec Israël et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, tandis que l'ONU a rétabli en septembre des sanctions liées au programme nucléaire iranien.
Des ONG ont accusé les autorités d'avoir ouvert le feu sur des manifestants, faisant des dizaines de morts depuis le début le 28 décembre de la contestation.
Carabines à plomb, canons à eau, gaz lacrymogène et coups: dans un communiqué commun, Amnesty International et Human Rights Watch (HRW) ont dénoncé les méthodes utilisées "pour disperser, intimider et punir des manifestants largement pacifiques", y voyant "une politique d'Etat bien ancrée".
Selon le groupe de défense des droits humains Haalvsh, qui évoque un nombre indéterminé de victimes, des manifestants ont été pris pour cible à Zahedan (sud-est) après la prière du vendredi.
La France a appelé les autorités iraniennes "à la plus grande retenue" dans leur réponse à ce mouvement. L'UE a condamné une violence "inacceptable" et dénoncé la coupure d'internet, signe d'un "régime qui a peur de son peuple".
Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme, Volker Türk, a réclamé vendredi une enquête "rapide" et "indépendante" sur les manifestants tués.
M.AlAhmad--SF-PST