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Du fumier et des tracteurs: barrages d'agriculteurs autour de Toulouse malgré l'interdiction
A l'aide de tracteurs, de bottes de paille et de fumier, les agriculteurs ont érigé une dizaine de barrages mercredi matin sur les principaux axes autour de Toulouse, malgré un déploiement important des forces de l'ordre, dans le but de "paralyser" la métropole pour défendre leur métier en pleine crise, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Epizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins, faible cours du blé et prix élevé des engrais, menace d'une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur... les agriculteurs accentuent la pression contre le gouvernement en "bloquant entièrement" Toulouse "tant qu'on n'aura pas de réponse", a déclaré à l'AFP Lionel Candelon, membre de la direction nationale de la Coordination rurale (CR).
"C’est une guerre d’usure. On est déterminés à faire le nécessaire pour avoir des réponses et être entendus", lance Pierre Solana, 37 ans, éleveur du Gers sur un cortège d'une centaine de véhicules, dont une quarantaine de tracteurs et de bennes, bloqués en rase campagne par les forces de l'ordre, à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Toulouse.
"Il faut vraiment qu’on trouve une solution pour sauver l’agriculture française", explique au petit matin l'agriculteur, parti vers minuit d'Auch, à 70 km de Toulouse, dans un convoi de la CR dont l'avancée a été "bloquée à plusieurs reprises".
En prévision de cette mobilisation annoncée, le préfet de la région Occitanie et de la Haute-Garonne, Pierre-André Durand, a pris plusieurs arrêtés d'interdiction, en raison du "risque de troubles à l'ordre public", des "potentielles perturbations de la circulation des services de secours ainsi que de la vie économique régionale".
- Interdits -
Malgré les interdits, des dizaines d'agriculteurs ont perturbé dès l'aube la circulation du nord au sud de Toulouse.
"L'idée, c'est de converger vers Toulouse et d'être dans une action de perturbation, qu'on déplore", a annoncé à l'AFP, Luc Mesbah, secrétaire général de la FDSEA de Haute-Garonne, qui appelait à la mobilisation avec les Jeunes Agriculteurs (JA), la Coordination rurale (CR) et la Confédération paysanne.
Au nord-est de l'agglomération toulousaine, l'A68 en provenance d'Albi a été coupée par un barrage d'une douzaine de tracteurs au péage de l'Union, face aux gendarmes, provoquant des heures de bouchons vers Toulouse, a constaté une journaliste de l'AFP.
Sur le périphérique toulousain, les agriculteurs ont déversé du fumier sur la chaussée et allumé un feu, bloquant entièrement la circulation à l'aube, à hauteur de Balma, entraînant des perturbations importantes jusque sur l'A61 au sud-est de l'agglomération.
Des barrages ont également été érigés sur l'A64 au sud aux portes de Toulouse et plus à l'ouest, où les agriculteurs de Haute-Garonne tiennent une portion d'autoroute depuis décembre à hauteur de Carbonne.
"C'est un ras-le-bol total", lance Enzo, agriculteur des JA sur le barrage de l'A68. "Aujourd'hui, on veut que nos bêtes ne soient plus abattues (...) On veut que le Mercosur ne soit pas signé non plus. Et la taxe des engrais aussi, on ne veut pas qu'elle passe. On nous a fait beaucoup de promesses, visiblement maintenant plus personne ne nous écoute", dit-il à l'AFP.
- Convois vers Paris -
"On est très étonnés d'un tel déploiement de moyens parce qu'on a dit que la manifestation était pacifique et on s'est retrouvés bloqués par endroits", a déclaré le président de la CR Bertrand Venteau sur France Inter. Il a évoqué les convois en route vers Paris où les agriculteurs ont prévu d'entrer jeudi.
"Même en sous-marin par la Seine, on va y arriver. On aura peut-être perdu des troupes, mais on arrivera dans Paris sur des lieux symboliques pour porter nos doléances", a-t-il ajouté, prévenant vouloir "rentrer pacifiquement" dans Paris jusqu'à l'Assemblée nationale et au Sénat.
Au moins quatre tracteurs ont forcé un barrage de gendarmerie près de La Queue-les-Yvelines (Yvelines), touchant un véhicule des forces de l'ordre pour ensuite prendre la direction de Paris mercredi matin, ont indiqué à l'AFP des sources concordantes.
Les agriculteurs réclament notamment la vaccination généralisée et l'arrêt des abattages systématiques lorsqu'un cas de DNC se déclare dans un troupeau. Ils s'opposent également au projet d'accord de libre-échange préparé entre l'UE et les pays latino-américains du Mercosur, que la commission européenne pourrait signer le 12 janvier.
"Le compte n'y est pas" du point de vue de la France, a prévenu mercredi le ministre délégué français chargé de l'Europe, Benjamin Haddad. La France a "obtenu des améliorations" au profit de ses agriculteurs mais "on continuera à se battre", a-t-il prévenu sur France 2.
E.Qaddoumi--SF-PST