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La géographie des mégots de cigarettes reflet des flux humains, selon une étude
Les mégots de cigarettes jetés se concentrent dans les lieux les plus fréquentés et la propreté d'une ville ne passe pas seulement par des solutions techniques mais aussi par une meilleure sensibilisation des habitants, selon une étude publiée mercredi.
Objet banal mais invisibilisé, le mégot est un véritable fléau pour les communes, avec 23,5 milliards jetés chaque année.
"Plus un lieu est fréquenté, plus il est exposé", souligne l'enquête réalisée par l'essayiste Jean-Laurent Cassely pour l'institut Terram.
C'est le cas des espaces d'attente (gares, abribus), de consommation (rues commerçantes, terrasses de cafés et restaurants), ainsi que des seuils d'établissements recevant du public (écoles, bureaux, hôpitaux) et des lieux de fête.
Trois villes de différentes tailles ont été étudiées et plusieurs experts interrogés dont des membres de l'éco-organisme Alcome, qui finance la collecte et l'élimination des mégots.
"On s'est rendu compte à travers l'exemple de Grenoble qu'il y a un paradoxe entre la transformation d'un espace public devenu plus agréable pour les citadins, notamment pour les piétons, et une plus grande utilisation et consommation de cet espace public", a expliqué à l'AFP M. Cassely.
Un espace public plus attractif est plus intensément utilisé, ce qui accroît mécaniquement la pression sur les services de propreté et le sentiment de saleté.
L'acte de jeter relève par ailleurs d'une "combinaison complexe de facteurs", selon l'étude, qui évoque des "contextes précis" plus favorables comme "l'attente, le stress, le relâchement festif et la consommation d'alcool".
Le geste du fumeur qui jette son mégot est par ailleurs "très automatisé et n'est pas conscientisé", souligne Stéphanie Foucard, experte en changement de comportement, pour qui l'approche "moralisatrice et individuelle fondée sur l'idée que tous nos gestes sont rationnels" n'est pas la bonne.
Au-delà des seuls mégots, la propreté dans l'espace public, l'un des enjeux des municipales, apparaît comme un "révélateur direct du lien civique et du degré d'appropriation du commun".
De fait, la propreté ne se réduit "ni à un problème technique de nettoyage", ni à "une simple question de discipline individuelle" mais traduit un "rapport collectif à l'espace partagé".
Selon les auteurs, là où l'espace public est perçu comme "à soi", les comportements vertueux "se diffusent plus facilement".
A l'inverse, "l'anonymat, la surfréquentation, la dilution des responsabilités", ou "le relâchement festif" favorisent les incivilités et installent "des dynamiques de dégradation auto-entretenues".
"Le niveau de propreté est un révélateur du degré d'appropriation territorial et du lien civique, de l'attachement qu'on peut avoir ou pas à un territoire", analyse M. Cassely.
W.Mansour--SF-PST