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La France met à jour sa méthode pour devenir "neutre en carbone" en 2050
Le gouvernement a publié vendredi la stratégie actualisée de la France pour devenir "neutre en carbone" en 2050, un objectif extrêmement ambitieux qui passe entre autres par la fin du pétrole et du gaz.
Ce projet de troisième Stratégie nationale bas carbone (SNBC-3) paraît dix ans jour pour jour après l'Accord de Paris, traité signé en France pour abaisser les émissions de gaz à effet de serre mondiales.
Depuis, le pays est resté fidèle à l'objectif de sortir des activités industrielles et des énergies qui alimentent le réchauffement de la planète.
"Au terme de ces dix ans, nous pouvons être fiers du chemin parcouru", écrit le président Emmanuel Macron dans une tribune publiée par le site d'opinions Projet Syndicate. Il y vante "la réussite de notre écologie à la française, qui combine progrès et protection, qui permet de réduire nos émissions et le chômage à la fois".
La France, avec l'Union européenne plus généralement, a des partenaires qui croient aussi à ces objectifs. Mais ils semblent de moins en moins influents, comme l'ont montré les négociations internationales récentes, en particulier à la conférence climat de novembre (COP30) à Belém (Brésil).
Les États-Unis, premier producteur mondial de pétrole, comptent sur les hydrocarbures pour leur avenir, tandis que leur président Donald Trump ne croit pas aux prévisions des climatologues.
De plus, de grands pays émergents ne souhaitent pas que la sortie des énergies fossiles soit un objectif explicite de la communauté internationale.
En France, l'opinion publique est divisée sur les changements radicaux de mode de vie qu'implique cette "neutralité en carbone". Moins de viande, moins d'essence, moins d'avion, d'autres modes de chauffage: de telles préconisations sont parfois impopulaires, qualifiées par exemple par l'opposition d'extrême droite d'"écologie punitive".
- "Électricité décarbonée" -
"Attention, cette stratégie n'est pas une façon de dicter des changements de mode de vie, elle met l'accent sur les leviers dont nous disposons déjà: déployer davantage les pompes à chaleur, promouvoir les véhicules électriques…", réplique la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, dans le quotidien Les Échos.
"Ce n'est pas une transition écologique de centres-villes, où on mange du soja et on fait du vélo. C'est une transition écologique avec véhicules électriques pour tout le monde", a appuyé son cabinet, en présentant à la presse ce projet de Stratégie.
Certains objectifs ciblés peuvent paraître très compliqués à atteindre dans le temps imparti. Parmi les préconisations de cette Stratégie nationale bas carbone, on lit par exemple "2040-2045: sortie du pétrole", et "2050: fin du gaz fossile".
La réduction de la dépendance aux importations d'hydrocarbures est un objectif largement partagé, qui profitera à la production nationale d'électricité, notamment renouvelable. L'objectif fixé est de passer à 55% d'électricité dans la consommation énergétique en 2050, contre 37% en 2023.
"Avec une électricité décarbonée abondante, nous sommes dans une situation très favorable pour agir, pour le climat, mais aussi pour notre compétitivité, notre indépendance énergétique et notre prospérité", a commenté le directeur de l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE), Benoît Leguet.
Dans les transports, l'électrique doit aussi progresser. Le gouvernement espère 15% de voitures électriques sur les routes en 2030. En 2050, pour les transports intérieurs, seul l'aérien continuerait à émettre du CO2, d'après la Stratégie. Camions électriques, trains et péniches déplaceraient les marchandises.
L'agriculture est un autre champ d'action crucial pour la France. Les recommandations vont de "davantage de fruits et légumes, et de légumineuses" dans le régime alimentaire à "réduire l'intensité carbone de l'élevage", via le retour des pâturages entre autres.
Dans l'alimentation, le gouvernement veut "réduire le gaspillage alimentaire de 50% d'ici 2030 par rapport à 2015".
Dans l'industrie, il s'agira de "réindustrialiser en décarbonant la production", ou encore de "faire évoluer les modes de consommation pour réduire la demande en processus intensifs en carbone".
Greenpeace s'est dite très sceptique. "La réalité de la trajectoire de la France laisse craindre des ambitions de façade", écrit un de ses experts sur l'énergie, Nicolas Nace.
L.AbuAli--SF-PST