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Algérie: 10 ans requis contre le journaliste français Christophe Gleizes, qui appelle à la "clémence"
Le journaliste français Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie, a exhorté mercredi à la "clémence" la Cour d'appel de Tizi Ouzou, juste avant que le parquet ne réclame un alourdissement à dix ans de sa première condamnation pour "apologie du terrorisme".
A la barre, l'accusé de 36 ans, condamné à sept ans de prison en première instance, a demandé "pardon", reconnaissant avoir fait "beaucoup d'erreurs journalistiques malgré (ses) bonnes intentions", selon un journaliste de l'AFP présent dans la salle où se trouvaient aussi la compagne et les parents du reporter.
M. Gleizes a notamment reconnu qu'il aurait dû demander un visa de journaliste et pas de touriste avant de partir en reportage en Algérie.
Peu après son témoignage, le représentant du parquet a requis une peine de dix ans à son encontre.
"L'accusé n'est pas venu en Algérie pour accomplir un travail journalistique mais (pour commettre) un acte hostile", a affirmé le magistrat qui n'a pas été identifié.
Collaborateur des magazines français So Foot et Society, Christophe Gleizes s'était rendu en Algérie en mai 2024 pour un article sur le club de football le plus titré du pays, la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), basé à Tizi Ouzou, à 100 km à l'est d'Alger.
- "Retrouver" sa famille -
Seul journaliste français détenu à l'étranger, il avait été arrêté le 28 mai 2024 à Tizi Ouzou et placé sous contrôle judiciaire jusqu'à son premier procès, pour "être entré dans le pays avec un visa touristique, pour +apologie du terrorisme+ et +possession de publications dans un but de propagande nuisant à l'intérêt national+", selon l'ONG Reporters sans frontières (RSF).
Le tribunal lui a demandé mercredi s'il savait que le Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK) avait été classé en mai 2021 comme terroriste par les autorités algériennes quand il avait rencontré son président, Ferhat Mehenni, à Paris en octobre de la même année.
"Je n'étais pas au courant et j'ai honte de le dire. Cela porte atteinte à mes compétences. J'avais complètement raté cette info", a-t-il répondu.
M. Gleizes a assuré s'être "profondément remis en question": "ces erreurs m'ont permis de réfléchir", a-t-il dit, assurant n'avoir "aucune rancoeur" à l'encontre de l'Algérie.
Des sanglots dans la voix, il a ajouté n'avoir "qu'une seule douleur, celle d'être coupé de (sa) famille", demandant à pouvoir "la retrouver".
Le reporter avait été condamné en première instance fin juin au pic d'une grave crise entre la France et l'Algérie, marquée notamment par le retrait des deux ambassadeurs et des expulsions réciproques de diplomates.
- "Aucun crime" -
Son avocat français, Emmanuel Daoud, a dit lundi espérer "une issue favorable", à la faveur d'un "apaisement des relations" entre les deux pays depuis la grâce et la libération par Alger le 12 novembre de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal.
La brouille entre Alger et Paris avait été déclenchée par le soutien total apporté en juillet 2024 par la France au plan d'autonomie marocain pour le territoire disputé du Sahara occidental, puis s'était envenimée après l'arrestation en novembre suivant de M. Sansal, un critique notoire du pouvoir algérien.
De nombreux médias français ainsi que RSF et des syndicats de journalistes avaient appelé la semaine passée dans une tribune à une remise en liberté de M. Gleizes, qui n'a selon eux "commis aucun crime".
Il "n'a rien à faire en prison, il n'est coupable que d'avoir exercé son métier de journaliste sportif et d'aimer le football algérien", a déclaré fin octobre Thibaut Bruttin, directeur général de RSF.
"Nous devons expliquer aux magistrats d'appel qu'un journaliste ne fait pas de politique", "n'est pas un idéologue", "pas un activiste", a souligné Me Daoud avant l'audience.
Exprimant son respect pour la justice algérienne "indépendante et souveraine", l'avocat a récusé des accusations circulant en France selon lesquelles le journaliste serait "un otage", précisant que M. Gleizes a pu recevoir des visites et a eu accès à son dossier pénal et à ses avocats.
T.Samara--SF-PST