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Royaume-Uni: un budget périlleux, sous la pression des marchés et de l'opinion
Les Britanniques n'échapperont pas aux hausses d'impôts, mais certaines aides sociales devraient augmenter: le gouvernement travailliste du Royaume-Uni présente mercredi un budget à haut risque, avec le souci de rassurer les marchés tout en ménageant les électeurs.
Au plus bas dans les sondages et devancé par le parti europhobe d'extrême droite de Nigel Farage, Reform UK, l'exécutif du Premier ministre Keir Starmer joue gros avec cette échéance attendue de longue date, qui donne lieu depuis des semaines à d'intenses spéculations.
C'est à sa ministre des Finances Rachel Reeves que reviendra la tâche de défendre les arbitrages gouvernementaux à 12H30 GMT devant les députés, dans un discours où elle présentera ses nouvelles taxes, de probables coupes dans les dépenses, mais aussi des mesures "pour aider les familles face au coût de la vie", selon un communiqué mardi.
Certaines d'entre elles, plus symboliques que déterminantes, ont été égrenées ces derniers jours, comme le gel des tarifs ferroviaires ou celui des frais de prescription (généralement de 9,90 livres payées au service public de santé pour un médicament).
Une hausse supérieure à l'inflation des pensions de retraite et du salaire minimum a déjà été annoncée. La suppression d'un plafond sur les allocations familiales est également attendue.
Autant de marqueurs sociaux indispensables à un budget travailliste, surtout dans un pays à l'inflation persistante (+3,6% en octobre), où le gaz et l'électricité coûtent cher.
- "Brexit chaotique" -
Mais Mme Reeves est dans le même temps pieds et mains liés par une économie à la peine depuis le retour au pouvoir des travaillistes en juillet 2024: la croissance stagne (+0,1% au troisième trimestre), tandis que le déficit (aux alentours de 5% du PIB l'an passé) et la dette inquiètent les marchés, qui réagissent au quart de tour à chaque annonce budgétaire.
Les taux d'emprunt sont ainsi montés en début d'année à un niveau inédit en plus de 25 ans.
"Les marchés financiers sont très nerveux", reconnaît James Wood, professeur d'économie politique à l'Université de Cambridge, interrogé par l'AFP. "Et l'absence d'un plan solide pour traiter les difficultés financières du Royaume-Uni ne fait qu'aggraver la situation."
Dans une tribune au Times, la Chancelière de l'Echiquier, son titre officiel, a blâmé dimanche les "profondes cicatrices de l’austérité" --c'est-à-dire les précédents gouvernements conservateurs--, "l'ombre d'une pandémie meurtrière", mais aussi, fait nouveau dans la communication gouvernementale, "un Brexit chaotique".
"Je ne ramènerai pas la Grande-Bretagne à l'austérité, et je ne perdrai pas le contrôle des dépenses publiques", a-t-elle promis mardi dans son communiqué, promettant de lancer "la plus grande offensive de croissance économique depuis une génération".
- Propriétés de luxe -
Son précédent budget l'an passé n'a pas produit les effets escomptés: malgré 40 milliards de hausses d'impôts très impopulaires, dont 25 particulièrement décriées pour les entreprises, le gouvernement n'est pas parvenu à retrouver le chemin de l'équilibre budgétaire et de la croissance.
Et pour l'exercice 2026/2027, Mme Reeves doit avoir trouvé 20 milliards de livres si elle veut remplir sa promesse de financer à terme chaque dépense (hors investissement) par des recettes, selon une estimation régulièrement citée par la presse et les analystes.
Une augmentation de l'impôt sur le revenu, qui aurait rompu une promesse de campagne des travaillistes, a longtemps tenu la corde, selon la presse britannique, mais le gouvernement aurait renoncé.
Il devrait en revanche prolonger le gel des seuils de cet impôt, une mesure qui fait payer davantage ceux dont le salaire augmente et franchit une tranche supérieure --parfois qualifiée de taxe déguisée.
Des hausses de taxes sur les propriétés les plus luxueuses, les jeux d'argent ou sur les retraites privées sont aussi sur la table.
Q.Bulbul--SF-PST