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"Réconciliation" France-Algérie et mots choisis: Sansal reprend la parole
Pour sa première prise de parole depuis sa libération par l'Algérie et son retour en France, l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a assuré dimanche avoir toujours voulu "la réconciliation" entre les deux pays, en reconnaissant que sa parole était bridée par les enjeux diplomatiques.
"Je suis depuis toujours pour la réconciliation entre la France et l'Algérie", a déclaré M. Sansal dans le journal de 20h00 de France 2, en estimant que les deux pays avaient "raté le coche" après l'indépendance de l'ancienne colonie en 1962.
"Soixante années sont passées, on est encore en train d'utiliser des discours de la guerre de libération", a-t-il déploré.
Sa parole est-elle bridée par les enjeux diplomatiques, lui a demandé le journaliste Laurent Delahousse? "Oui, en quelque sorte, je ne vous parle pas de manière naturelle (...), je contrôle chacun de mes mots", a-t-il concédé.
"Je pense à Christophe Gleizes", journaliste français emprisonné en Algérie et qui sera jugé en appel le 3 décembre, a-t-il enchaîné.
Incarcéré en Algérie pendant un an pour certaines prises de position sur son pays natal, Boualem Sansal, 81 ans, a retrouvé la liberté le 12 novembre. Il a été gracié par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui a répondu favorablement à une demande des autorités allemandes.
- Sahara occidental -
L'écrivain, qui était au cœur d'une crise diplomatique entre Alger et Paris, est rentré en France mardi, après avoir d'abord été transféré à Berlin pour des soins médicaux, et a été reçu par Emmanuel Macron dès son retour. Un retour discret, hors de la vue des médias.
Selon lui, les positions de la France sur le Sahara occidental, sujet de tensions entre l'Algérie et le Maroc, ont en partie motivé son arrestation.
Fin juillet 2024, le président français avait apporté son soutien total à un plan d'autonomie sous souveraineté marocaine pour le Sahara occidental, revendiqué depuis 50 ans par les indépendantistes du Polisario soutenus par Alger.
"Tout est parti de là", a estimé M. Sansal, selon qui cela a déclenché "une guerre" entre la France et l'Algérie.
"En bonne santé" après avoir été traité "de manière remarquable" pour son cancer de la prostate, il a dit avoir appris sa libération seulement "la veille". Cela a suivi sa rencontre en prison avec "un monsieur très autoritaire", qu'il pensait être un membre "des services secrets" ou "un personnage très important".
"Il disait toujours: +Dans l'hypothèse où vous sortez, est-ce que vous allez continuer vos critiques sur l’Algérie+? J'ai dit +Monsieur, je n'ai jamais critiqué l’Algérie, je critique un régime, je critique des gens, je critique une dictature+", a raconté l'écrivain.
Il a en outre affirmé que Bruno Retailleau était son "ami", tout en admettant que l'ex-ministre de l'Intérieur, très ferme face à l'Algérie, avait pu être "d'une certaine manière" un obstacle à sa libération.
"Il offrait à l'Algérie l'occasion de rebondir sur: +Regardez, c'est notre ennemi, ils nous détestent, etc.+ Mais avec ou sans Bruno Retailleau, ils auraient réagi de la même manière avec n'importe qui", a jugé l'écrivain.
- "Stratège" -
Écrivain dissident admirateur de Camus et Orwell, polémiste révéré par les droites françaises, Boualem Sansal purgeait en Algérie une peine de cinq ans de prison notamment pour "atteinte à l'unité nationale".
Le romancier avait été condamné pour avoir notamment déclaré en octobre 2024 au média français d'extrême droite Frontières que l'Algérie avait hérité sous la colonisation française de régions appartenant précédemment, selon lui, au Maroc.
Cet ancien haut fonctionnaire en Algérie avait été arrêté le 16 novembre 2024 à son arrivée à l'aéroport d'Alger avant d'être emprisonné, aggravant le froid diplomatique entre la France et son ancienne colonie.
Le retour médiatique de M. Sansal a été soigneusement orchestré. Outre le 20h00 de France 2, il s'est exprimé dans Le Figaro et sera l'invité de la matinale de France Inter lundi.
Au Figaro, il a expliqué avoir écrit "au moins dix fois" à M. Tebboune pour demander sa libération. Après de premières lettres "très accusatoires", il a décidé "d'être plus stratège": "Je lui ai expliqué que la seule solution, c’était de me libérer, de réconcilier l'Algérie avec la France".
Enfin, il a assuré vouloir retourner bientôt dans son pays natal. "Si vous subissez une injustice, vous cherchez naturellement à obtenir réparation. Pour moi, aller (en Algérie) et ressortir" serait "une grosse réparation", a-t-il déclaré à France Inter selon de premiers extraits diffusés par la radio.
M.AbuKhalil--SF-PST