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Respirer un air pollué au travail peut causer une maladie respiratoire grave, dit une agence sanitaire
Etre exposé à des polluants, vapeurs, gaz, particules ou fumées, en travaillant dans l'agriculture ou l'industrie peut causer une BPCO, une maladie respiratoire "souvent associée au tabagisme" et "largement sous-diagnostiquée" en France, dont la reconnaissance de l'origine professionnelle doit être améliorée, affirme une agence sanitaire.
Dans un avis publié mercredi, fondé sur l'analyse des études scientifiques existantes, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) établit "un lien causal avéré entre les expositions professionnelles aux vapeurs, gaz, particules, fumées (ou VGPF) et le développement de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une maladie grave, quatrième cause de décès dans le monde.
Celle-ci se manifeste par des symptômes respiratoires chroniques - essoufflement progressif, toux, infections respiratoires à répétition - et provoque "un déclin accéléré de la fonction respiratoire" puis l'apparition d'autres affections concomitantes: infections pulmonaires, problèmes cardiaques.
"En raison de sa progression insidieuse et lente", cette maladie respiratoire est "fortement sous-diagnostiquée" et les patients "consultent souvent tardivement, lorsque leur capacité respiratoire est déjà significativement altérée", souligne l'Anses.
A la veille de la journée mondiale de la BPCO, l'agence sanitaire annonce avoir établi, en analysant de nombreuses études sur des travailleurs, que cette affection peut être causée lors d'une exposition professionnelle aux VGPF. Cet indicateur regroupe une grande variété de polluants émis dans l'air.
Il s'agit de particules minérales (silice, charbon...), de particules organiques (végétaux, moisissures...), de gaz, de vapeurs et de fumées, provenant de "réactions thermiques ou chimiques, d'actions mécaniques ou de combustion de matériaux".
Les métiers exposés se retrouvent dans de nombreux secteurs: mines et carrières, travaux de BTP, fonderies, sidérurgie, cokeries, industries textile et chimique, secteur agricole.
"Nous avons identifié un certain nombre de travaux exposants: ceux impliquant de manipuler des végétaux, d'intervenir dans des locaux hébergeant des animaux, ou encore des procédés de meulage, de ponçage où la dégradation thermique met des particules en suspension", explique à l'AFP Amandine Paillat, adjointe à la cheffe de l'unité d'évaluation des risques liés à l'air au sein de l'Anses.
- Batailles féroces -
Si "le tabagisme, y compris passif, est le principal facteur de risque identifié" aujourd'hui, des études estiment à "environ 15% la part des BPCO d'origine professionnelle" et montrent que certains secteurs agricoles et industriels sont "associés à un risque accru de survenue de cette pathologie".
Au vu des données scientifiques et "face à la variété des polluants et des travaux" susceptibles de la provoquer, l'Anses recommande "la mise en discussion de la création d'un tableau unique de maladie professionnelle" pour la BPCO.
Car il existe aujourd'hui des tableaux pour les seules "infections respiratoires consécutives à l'inhalation de poussière de textile végétal" ainsi que pour "la BPCO du mineur de charbon et celle du mineur de fer", précise Mme Paillat.
Créer un tableau unique permettra de faciliter les démarches de reconnaissance des malades.
Une maladie est dite "professionnelle" lorsqu'elle est la conséquence de l'exposition habituelle d'un travailleur à un risque physique, chimique ou biologique et si elle figure dans l'un des tableaux -souvent obsolètes car rarement mis à jour- du régime général ou agricole de la Sécurité sociale, issus de la négociation entre syndicats et patronat.
Quand il n'existe pas de tableau, des médecins étudient le dossier et se prononcent sur le lien entre le travail et la pathologie, dans un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Le travailleur doit alors prouver un "lien direct et essentiel" entre les deux.
Mais "la création ou la modification de tableaux de maladies professionnelles, objet de batailles féroces au sein de la commission" où siègent des représentants des travailleurs et des employeurs, "est extrêmement lente, toujours en décalage avec les connaissances médicales et scientifiques", observe l'historienne et sociologue Anne Marchand dans "Mourir de son travail aujourd'hui, un fléau évitable" (éditions de l'Atelier).
"Il faut réduire le sous-diagnostic de cette maladie", résume Mme Paillat, "la prendre en charge plus précocement" avec un meilleur dépistage, chez le généraliste et par la médecine du travail.
V.Said--SF-PST