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Commerce: le riz, dilemme épineux pour Tokyo dans ses négociations avec Trump
Donald Trump a insisté: il exige que le Japon achète davantage de riz américain. Un dilemme pour le Premier ministre Shigeru Ishiba, soucieux de ne pas transiger sur cette céréale choyée des Japonais avant des élections nationales cruciales pour sa majorité.
Alors que la quasi-totalité du riz consommé actuellement au Japon est cultivée sur place, gonfler les importations de riz pourrait être perçu comme une humiliation nationale.
"Culturellement et historiquement, le riz est une passion pour les Japonais", confirme à l'AFP Shinichi Katayama, propriétaire de quatrième génération du grossiste en riz Sumidaya, fondé il y a 120 ans à Tokyo.
L'enjeu est cependant de taille: le Japon pourrait écoper de surtaxes "réciproques" de 25% au 1er août pour ses exportations vers les Etats-Unis, selon un courrier rendu public lundi. Des droits prohibitifs alors que ses exportations automobiles sont déjà surtaxées à 25% et celles d'acier à 50%.
Le président Donald Trump reproche notamment à l'archipel de ne pas ouvrir assez son marché au riz et aux véhicules américains pour réduire son excédent commercial abyssal (environ 70 milliards de dollars en 2024) avec les Etats-Unis.
"J'ai un grand respect pour le Japon (mais) ils refusent notre riz, et pourtant, ils souffrent d'une pénurie massive de riz" qui fait flamber les prix, a-t-il cinglé fin juin sur Truth Social.
Le riz ne pesait guère l'an dernier que 0,37% des exportations américaines vers le Japon, selon les experts de BMI FitchSolutions.
Autrement dit, même un doublement des ventes aurait un effet "négligeable", notent-ils: "L'administration Trump semble plus préoccupée par la conclusion d'accords en grande pompe que par une réduction significative du déficit commercial américain".
- "Goût affreux" -
Et de l'avis de nombreux consommateurs japonais, impossible de substituer au riz local, visqueux et réputé pour sa qualité surveillée de près, des variétés étrangères à longs grains de qualité incertaine.
De mauvais souvenirs remontent à l'été 1993 lorsque le Japon avait dû importer d'importants volumes de riz de Thaïlande.
Le riz américain "a un goût affreux. Il manque de texture", assure Sueo Matsumoto, 69 ans, assistant pour familles d'enfants malentendants à Tokyo.
"Si (les Etats-Unis) veulent exporter au Japon, ils doivent y travailler et tenir compte des préférences des consommateurs", déclare-t-il à l'AFP.
"Personnellement, je suis favorable à l'idée d'offrir une option supplémentaire aux consommateurs. Mais j'estime que cette décision (de muscler les importations) est prématurée du point de vue de la sécurité alimentaire", tempère M. Katayama, le grossiste en riz.
"Si nous devenons dépendants des importations de riz, nous risquons de subir à nouveau des pénuries en cas de problème", fait-il valoir.
Pour Tokyo, une concession sur le riz pourrait certes s'avérer avantageuse si cela permettait de réduire significativement les droits "réciproques" ou les surtaxes qui plombent son industrie automobile -- laquelle représentait l'an dernier 30% des exportations du Japon vers les Etats-Unis.
Mais politiquement, le sujet est miné pour le Premier ministre conservateur Shigeru Ishiba, 68 ans, dont la coalition a perdu sa majorité à la chambre basse du Parlement en octobre.
Le 20 juillet, les élections à la chambre haute s'annoncent à haut risque, et un nouveau revers pourrait pousser M. Ishiba à démissionner, dix mois après son élection. Sa popularité est en berne, plombée par l'inflation... et le renchérissement du riz.
- "Lobby des riziculteurs" -
Les prix du riz ont doublé en l'espace d'un an dans les commerces japonais, dopés par une mauvaise récolte en 2023, des achats paniques l'été dernier et des perturbations dans la distribution.
Soucieux, le gouvernement a débloqué ces derniers mois des stocks de riz tirés des réserves stratégiques --avec un succès mitigé.
"Tous ces problèmes de prix du riz démontrent l'échec de la politique agricole du Parti libéral-démocrate" de M. Ishiba, soupire Yasunari Wakasa, retraité de 77 ans.
Mais gonfler les importations pour faire baisser les prix pourrait apparaître un mauvais calcul, face à l'opposition vocale des représentants agricoles, aux puissants relais dans l'opinion.
"M. Ishiba marche sur une crête, craignant de provoquer de puissants lobbies comme celui des riziculteurs, et jonglant avec une cote de popularité qui rend toute action commerciale audacieuse politiquement périlleuse", souligne Stephen Innes, analyste de SPI Asset Management.
Le gouvernement s'attache pour l'heure à offrir des gages: "Nous n'avons aucune intention de sacrifier l'agriculture lors des futures négociations", a affirmé le porte-parole gouvernemental, Yoshimasa Hayashi.
F.AbuShamala--SF-PST