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La santé libérale dans la rue pour réclamer "des tarifs décents"
"Des tarifs décents pour une santé de qualité": des centaines de soignants libéraux ont bravé la canicule mardi à Paris pour protester contre "le blocage" de la revalorisation de leurs honoraires et autres mesures d'économies face au dérapage budgétaire de l'Assurance maladie.
Munis de bouteilles et de ventilateurs miniatures, chirurgiens-dentistes, kinésithérapeutes, pharmaciens et médecins se sont rassemblés à 11H00 sur l'esplanade des Invalides, dans une allée ombragée, pour participer à ce mouvement de contestation interprofessionnel initié par 13 organisations syndicales réunies au sein du collectif des #SoignantsTrahis.
Un slogan commun "des tarifs décents pour une santé de qualité" s'élève sur des ballons suspendus à des ficelles, d'autres s'étirent sur des banderoles pour chaque profession concernée par le plan d'économies du gouvernement qui prévoit notamment de reporter au 1er janvier 2026 les hausses de tarifs initialement prévues au 1er juillet 2025.
- Respect des contrats -
"Ne mordez pas la main de ceux qui vous soignent", "nous ne sommes pas des bouche-trou": sous la tente des chirurgiens-dentistes de France (CDF), Catherine Mojaisky rappelle qu'une convention signée en 2023 prévoyait des revalorisations des actes des spécialistes en chirurgie orale. "A quoi bon faire des contrats s'ils ne sont pas respectés ?", questionne-t-elle.
"On aimerait que le contrat soit respecté", abonde Gwendoline Chevalier, kinésithérapeute à Rennes, rappelant qu'un avenant avait été signé il y a deux ans actant une première vague d'augmentation des tarifs en juillet 2025, deux autres en juillet 2026 et 2027.
Venus en force, les kinésithérapeutes "refusent de porter le chapeau" du dérapage économique. "On est énervé au point que la canicule ne nous fait pas peur", fulmine Sébastien Guérard, kinésithérapeute et président des Libéraux de santé.
"L'acte moyen est à 17,50 euros la demi-heure", rappelle-t-il, souhaitant la mise en place de "compléments d'honoraires pris en charge par les complémentaires santé".
Les libéraux de la santé rappellent à la sénatrice Corinne Imbert, aux députés Karl Olive, Guillaume Garot et Agnès Firmin-Le Bodo, que les mesures d'économies sont prises en réponse à une situation budgétaire dont ils ne sont pas responsables.
Arrivée en train de Marseille, Laura Esentato, kinésithérapeute de 31 ans, se dit "en colère" contre "une mauvaise gestion" des dépenses en santé: "C'est comme si pendant six mois je ne paie pas mes impôts parce que j'ai trop dépensé en jeux vidéo!".
Le cortège se dirigeait vers le ministère de la Santé, où il était prévu d'arriver à 15H00.
- Trahison -
Une autre colère anime les syndicats de pharmaciens d'officines: le projet gouvernemental de baisser à un taux compris entre 20 et 25% le plafond de remises commerciales consenties par les fabricants aux pharmacies sur les médicaments génériques.
Actuellement, les remises sont plafonnées à 40% maximum du prix du générique.
Celles-ci étant déclarées auprès de l'Assurance maladie, l'Etat peut voir quel industriel a accordé des rabais et lui demander ensuite des baisses de prix.
La baisse des prix résultant de celle des remises va avoir une répercussion sur les emplois en officines et risque d'aggraver les pénuries de médicaments, alertent les syndicats de pharmaciens qui dénoncent "une trahison inacceptable du gouvernement".
Ces ristournes constituent un élément de la rémunération des pharmaciens, représentant "un tiers de notre marge", a indiqué à l'AFP Guillaume Racle, conseiller économie pour l'Uspo, qui évalue le manque à gagner à 600 millions d'euros en cas de plafonnement des remises à 20%, soit "30.000 euros par officine".
"Aujourd'hui, l'Etat surpaye les médicaments chers et sous-paye des médicaments matures", résume ce pharmacien, observant que "1% des médicaments (en volume) coûtent 42% des dépenses de médicaments de ville".
Le coût moyen des traitements évalués comme n'apportant aucun bénéfice clinique supplémentaire par rapport à ce qui existe "progresse depuis 2021 ainsi que leur dépense totale, alors qu'il diminuait dans le passé", reconnaît l'Assurance maladie dans son rapport annuel sur les coûts et les économies de santé.
D.Khalil--SF-PST