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Manifestations en Equateur: arrestation du chef de la plus grande organisation indigène
Le leader du mouvement de protestation indigène en Equateur, Leonidas Iza, a été arrêté au lendemain de manifestations réclamant une baisse du prix des carburants, au risque de provoquer une "radicalisation" et de possibles violences.
"@PoliciaEcuador a arrêté Leonidas I. à Pastocalle, dans la province de Cotopaxi, pour des délits présumés", a tweeté mardi la police équatorienne sans préciser la nature de ces délits.
Le secteur de Pastocalle, à une vingtaine de kilomètres au sud de Quito, est un des points chauds des protestations du mouvement indigène contre la hausse des prix des carburants et du coût de la vie.
Le leader indigène "se trouve en garde à vue afin de passer en audience de flagrance", a précisé la police qui a été déployée autour du tribunal à Quito.
Leonidas Iza est le président de la Confédération des nationalités indigènes de l'Equateur (Conaie), la plus grande organisation de peuples indigènes, qui est à l'origine des protestations populaires depuis plusieurs semaines.
Elle a confirmé l'arrestation "illégale" de son leader et a appelé en réaction à une "radicalisation" des manifestations.
"Des groupes d'élite de la police et de l'armée arrêtent de manière illégale Leonidas Iza, président de la Conaie. Nous appelons notre organisation à radicaliser ses actions pour obtenir la libération de notre leader", a affirmé la Conaie sur Twitter.
M. Iza, un ingénieur agronome de 39 ans, a été élu à la tête de la Conaie depuis juin 2021. Indigène Kichwa-Panzaleo, il est originaire de la province de Cotopaxi et l'ancien président du "Mouvement indigène et paysan" de cette même province.
Charismatique, aux discours souvent enflammés, il porte toujours un chapeau de feutre noir et un poncho rouge, caractéristique de sa communauté.
L'organisation avait mené de violentes manifestations en octobre 2019 (onze morts) et participé aux soulèvements qui ont renversé trois présidents entre 1997 et 2005.
Les indigènes sont environ un million en Equateur, sur 17,7 millions d'habitants.
- "Quelques vandales" -
Au pouvoir depuis un an, le président Guillermo Lasso a prévenu ces deux derniers jours qu'il n'autoriserait pas le blocage des routes ni l'occupation des puits de pétrole situés dans la jungle amazonienne où se déroulent également des manifestations.
Dans une intervention publiée dans la nuit sur Twitter, il a justifié les arrestations en réaction à "des actes de vandalisme interdits par la loi et la Constitution".
"L'incendie de véhicules de la police, l'invasion d'exploitations agricoles, l'attaque d'une installation pétrolière, la rupture d'adductions d'eau dans les communautés (...)", a détaillé M. Lasso.
"Leurs auteurs intellectuels et matériels doivent répondre de ces actes violents devant la loi (...) ils ont été arrêtés. Il revient maintenant au Procureur et à la justice de faire leur travail. Les Equatoriens ne peuvent pas être les victimes de quelques vandales qui ne visent qu'à provoquer le chaos", a conclu le chef de l'Etat.
Lundi soir, les autorités n'avaient pourtant fait état d'aucune violence, parlant d'une "situation complètement sous contrôle" et d'une faible mobilisation de près de 4.000 protestataires, répartis sur des barrages de fortune concentrés à Pichincha (autour de Quito) et dans les provinces voisines de Cotopaxi (sud) et d'Imbabura (nord).
"Le gouvernement se trompe dans sa stratégie de contrôle" du mouvement de protestation, a commenté sur Twitter une ONG locale de défense des droits de l'homme, Inredh.
"La détention du président de la Conaie va provoquer une plus grande indignation et pourrait conduire à une vague de violence", a mis en garde cette organisation.
La puissante Conaie proteste contre la hausse des prix des carburants mais aussi contre le manque d'emplois, pour un contrôle des prix des produits agricoles, et contre l'octroi de concessions minières dans les territoires autochtones. Elle exige également une renégociation des dettes des paysans auprès des banques et un moratoire d'un an sur leur remboursement.
Depuis 2020, le prix du gallon (3,78 litres) de diesel a presque doublé, passant de 1 à 1,90 dollar, et celui de l'essence a augmenté de 46%, passant de 1,75 à 2,55 dollars.
La Conaie, qui a tenu plusieurs dialogues avec le gouvernement, demande une baisse des prix à 1,50 dollar pour le diesel et à 2,10 dollars pour l'essence.
Q.Jaber--SF-PST