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Royaume-Uni: la justice rejette d'ultimes recours contre l'expulsion de migrants au Rwanda
La justice britannique a rejeté lundi des recours de dernière minute contre le projet controversé du gouvernement d'envoyer au Rwanda des migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni, ouvrant la voie à des premiers départs, très peu nombreux, mardi.
Malgré les critiques des défenseurs des droits humains, de l'ONU, de l'Eglise anglicane et même de la famille royale britannique, le gouvernement conservateur de Boris Johnson se montre déterminé avec ce projet à décourager les traversées illégales de la Manche, qui ne cessent d'augmenter malgré ses promesses répétées depuis le Brexit.
"Cet appel est rejeté", a déclaré le juge Rabinder Singh, confirmant la décision formulée en première instance à la suite d'un recours en urgence déposé par des associations de défense des réfugiés, dont les associations Care4Calais et Detention Action qui avaient interjeté appel.
Même si elles ont échoué à interdire la mesure, les contestations individuelles lancées en parallèle ont a eu pour effet d'en réduire significativement l'ampleur: le premier vol risque de décoller quasiment vide.
"Vingt-trois personnes ont vu leur ticket vers le Rwanda être annulé. Huit doivent toujours partir demain", a tweeté Care4Calais, qui avait appelé la justice à "stopper ce projet cruel et barbare".
En envoyant des demandeurs d'asile à plus de 6.000 kilomètres de Londres, ce qui rappelle la politique menée par l'Australie, le gouvernement compte dissuader les arrivées clandestines dans le pays, toujours plus nombreuses.
Depuis le début de l'année, plus de 10.000 migrants ont traversé illégalement la Manche pour atteindre les côtes britanniques sur de petites embarcations, une hausse considérable par rapport aux années précédentes, déjà record.
"Les groupes criminels qui mettent la vie des gens en danger dans la Manche doivent comprendre que leur modèle économique va s'effondrer sous ce gouvernement", a martelé lundi Boris Johnson sur la radio LBC.
Parmi ceux qui contestaient le projet en justice figure le syndicat de la fonction publique PCS, qui compte dans ses membres des agents des douanes censés mettre en oeuvre les expulsions. L'organisation met en avant l'examen détaillé de la légalité de la mesure prévue en juillet devant la Haute Cour de Londres.
- Critiques de l'ONU -
L'ambassadeur du Rwanda au Royaume-Uni, Johnston Busingye, a dit dans les colonnes du Daily Telegraph être "déçu" que les critiques du projet doutent de la capacité de Kigali à fournir "un refuge sûr" aux demandeurs d'asile.
En vertu de cet accord, Londres financera dans un premier temps le dispositif à hauteur de 120 millions de livres (144 millions d'euros). Le gouvernement rwandais a précisé qu'il proposerait aux migrants la possibilité "de s'installer de manière permanente au Rwanda s'ils le souhaitent".
Vent debout depuis l'annonce de la mesure, l'ONU a réitéré ses critiques lundi. "Cela ne vas pas du tout, cet accord ne va pas du tout pour tellement de raisons différentes", a dénoncé le Haut-commissaire aux réfugiés Filippo Grandi au cours d'une conférence de presse à Genève.
Londres "cherche à rejeter entièrement ses responsabilités en matière d'asile sur un autre pays, allant à l'encontre de l'objet et du but de la Convention de Genève de 1951, allant à l'encontre de ses engagements et menaçant le régime international de protection des réfugiés", a dénoncé de son côté l'organisation de défense des droits humains HRW dans une lettre ouverte samedi.
Alimentant la polémique, le prince Charles, héritier du trône, a jugé en privé "consternant" le projet du gouvernement, a rapporté samedi le quotidien The Times, alors qu'il doit participer à une réunion du Commonwealth à partir du 20 juin au Rwanda.
A Kigali, le prince Charles et Boris Johnson doivent rencontrer le président Paul Kagame, lequel dirige le Rwanda depuis la fin du génocide de 1994, qui a fait 800.000 morts selon l'ONU. Son gouvernement est régulièrement accusé par des ONG de réprimer la liberté d'expression, les critiques et l'opposition politique.
M.Qasim--SF-PST