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Cuba, non, mais l'Arabie saoudite, oui? Les ambivalences de Biden en matière de démocratie
Inviter Cuba à un sommet régional, non. Aller en Arabie saoudite, oui, et peut-être même y rencontrer "MBS". Champion autoproclamé des démocraties, Joe Biden se voit taxé de cynisme voire d'hypocrisie pour ses positions diplomatiques ambivalentes ces derniers mois.
Lors d'un entretien avec des journalistes lundi, consacré à un sommet régional avec l'Amérique latine qui se tient actuellement à Los Angeles, un haut responsable de la Maison Blanche s'est retrouvé sur la défensive.
Quelle logique y a-t-il à exclure Cuba, le Venezuela et le Nicaragua de ce "Sommet des Amériques" à cause de "réserves" sur la démocratie et les droits humains, alors que dans le même temps le démocrate de 79 ans évoque un voyage en Arabie saoudite?
- "Choux et carottes" -
"C'est un peu comme comparer des choux et des carottes", a déclaré ce responsable de la Maison Blanche. "Cela ne suggère en aucun cas une approche qui serait différente selon les régions".
Tout cela reste néanmoins embarrassant pour Joe Biden, qui se voit en champion des démocraties contre les autocraties, et qui n'est pas avare en indignations morales.
Il a rendu public un rapport pointant la responsabilité du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane dans l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, et avait promis de faire du royaume pétrolier un "paria" de la scène internationale.
Or voilà que selon la presse américaine, il envisage une rencontre avec "MBS".
"Si (Joe Biden) décide que c'est dans l'intérêt des Etats-Unis de nouer contact avec un dirigeant étranger et que ce contact peut apporter des résultats, alors il le fera", a déclaré lundi sa porte-parole Karine Jean-Pierre.
"Pur cynisme", selon Robert Guttman, qui enseigne la science politique à l'université Johns Hopkins. "Les élections législatives de mi-mandat (en novembre) approchent et tout le monde en veut à Biden, et il doit montrer qu'il fait quelque chose."
- Pétrole -
Si "tout le monde en veut à Biden", c'est notamment à cause des prix à la pompe qui n'en finissent plus de grimper. Cela exaspère les Américains et compromet les chances des démocrates de garder le contrôle du Congrès.
Joe Biden pense donc avoir tout à gagner d'une baisse du cours de l'or noir, si Ryad consent à produire plus.
A l'inverse, il ne peut espérer aucun bénéfice politique d'un dialogue avec Cuba, le Venezuela et le Nicaragua. Au contraire: l'opposition républicaine tirerait à boulets rouges sur tout rapprochement, en particulier avec le régime communiste de La Havane.
Le président fait donc "le pari que les Américains seront aveuglés par une baisse des prix de l'essence et ne remarqueront pas qu'il se rapproche d'autocrates et de dictateurs", s'est indignée récemment Andrea Prasow, directrice exécutive de l'ONG Freedom Initiative.
Bruce Jentleson, professeur à l'université Duke, estime que le voyage prévu en Arabie saoudite est aussi une erreur stratégique.
"Ce qui m'inquiète, c'est que cela donne l'impression que nous nous couchons" devant Ryad.
"Je ne crois pas qu'une augmentation de la production pétrolière saoudienne aurait un effet important sur le prix de l'essence. C'est donc contre-productif, à la fois en termes de démocratie et en termes de rapport de forces", décrypte-t-il.
- Brésil -
A Los Angeles, Joe Biden a par ailleurs prévu son premier entretien bilatéral avec le président d'extrême droite brésilien, Jair Bolsonaro.
Une entrevue délicate: Washington s'inquiète en effet publiquement des manoeuvres du chef d'Etat brésilien, qui brigue un second mandat, pour contester d'ores et déjà le système électoral de son pays.
Ce n'est pas la première fois que l'administration Biden est prise en flagrant délit d'ambivalence, entre ambitions démocratiques et intérêts diplomatiques, par exemple la volonté de faire face aux ambitions de la Chine.
Quand il a organisé récemment le sommet de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean), le président américain avait par exemple boudé la Birmanie, mais invité des régimes qui ne sont pas exactement considérés comme des modèles de démocratie, par exemple le Laos et le Cambodge.
E.AbuRizq--SF-PST