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Budget: le PS veut des gages, le gouvernement dénonce une "prise d'otages" sur l'immigration
A la veille d'une réunion décisive sur le budget, où la censure du gouvernement est en jeu, les socialistes continuent de demander à François Bayrou de retirer ses propos sur "le sentiment de submersion" migratoire, mais le gouvernement les appelle à ne pas prendre en "otage" les finances publiques, "sujet numéro un pour notre pays".
"Nous souhaitons qu'il n'y ait aucune prise d'otage de quelque nature que ce soit sur le budget", a déclaré mercredi Sophie Primas dans son compte-rendu à la presse du Conseil des ministres. "Les Français ne comprennent pas cette bataille de mots", a-t-elle ajouté, après que les socialistes ont demandé à François Bayrou de retirer notamment ses propos sur la "submersion" migratoire.
Le Premier ministre n'a "pas prévu (...) de s'exprimer sur ce qui lui est reproché. Il laisse aujourd'hui les partis travailler sur le budget", a ajouté la représentante du gouvernement.
Elle assure que les "négociations sont en cours" entre les députés et sénateurs qui se réuniront jeudi en commission mixte paritaire (CMP) pour essayer de trouver un compromis sur le projet de loi de finances pour 2025.
Le Parti socialiste, qui cherche à obtenir des concessions en échange d'une non-censure sur le budget, a annulé mardi une réunion prévue avec le gouvernement, après des propos de François Bayrou sur la "submersion" migratoire qui ont fait hurler toute la gauche.
Le chef du gouvernement "a déraillé hier et nous l'appelons au sursaut", "l'intérêt du pays, c'est qu'(il) retire ces mots qui blessent inutilement", a déclaré mercredi le député socialiste Philippe Brun qui siège au sein de la CMP et évoque un "cataclysme" si la France n'avait pas de budget.
- "Coût de l'immigration" -
Le député a évoqué des demandes du PS sur le pouvoir d'achat, réclamant une augmentation "immédiate" du Smic mais aussi de la prime d'activité (complément de rémunération de l'État versé aux bas salaires, ndlr).
La maire PS de Nantes Johanna Rolland a ajouté une autre condition sur Public Sénat: que François Bayrou dise "qu'il ne va pas toucher" à l'Aide médicale d’État, qui permet aux immigrés sans titre de séjour régulier de se faire soigner et dont le budget a été diminué de 200 millions d'euros par le Sénat à majorité de droite.
Elle a aussi appelé les socialistes à "fermement réfléchir" à la censure, qu'elle voterait à ce stade si elle était députée.
A l'extrême droite, le vice-président du Rassemblement national Sébastien Chenu a tonné: le RN "ne s'achète pas avec des mots".
Alors que son parti veut réduire l'AME à une simple aide d'urgence vitale, il s'est demandé si "après les propos de François Bayrou" le gouvernement allait "s'attaquer au coût de l'immigration" et à la dépense, à ses yeux "exponentielle", de l'AME.
Dans l'expression polémique de "submersion" migratoire, il n'y a "nulle tactique pour plaire ou déplaire à qui que ce soit" pour échapper à la censure, s'est défendu mercredi l'entourage du Premier ministre. C'est "simplement l'expression d'une réalité, ce sentiment éprouvé par certains de nos concitoyens".
- "Pudeurs de gazelle" -
"La question, c'est chaos ou pas chaos", ajoute un dirigeant MoDem. Les socialistes "ont quand même eu des gages solides". "Les gens n'en peuvent plus de ce chaos permanent".
Mais, concède-t-il, François Bayrou "aurait pu attendre huit jours", après le budget, pour employer cette expression.
"On joue l'avenir institutionnel du pays sur une querelle sémantique", s'est inquiété le ministre (Horizons) de la Fonction publique Laurent Marcangeli, rejetant "la faute à ceux qui ont des pudeurs de gazelle sur un sujet qui est sérieux".
Les plus droitiers du gouvernement ont défendu la sortie de François Bayrou. Il "a justifié la politique que je souhaite mener", s'est réjoui mardi Bruno Retailleau (LR, Intérieur).
Au-delà de la question migratoire, et des groupes politiques, la pression sur François Bayrou est aussi venue du patron de LVMH Bernard Arnault, qui a fustigé la taxation en préparation des grosses entreprises qui "pousse à la délocalisation".
Mme Primas a assuré "comprendre la colère" de Bernard Arnault mais estimé que "chacun doit prendre part aux efforts".
Le gouvernement ne prévoit cependant d'appliquer cette surtaxe d'impôt sur les sociétés que pendant un an, au lieu des deux ans prévus dans le projet de budget du gouvernement Barnier.
Q.Bulbul--SF-PST