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L'UE a besoin d'un "big bang" de la défense face à la menace russe
Le nouveau commissaire européen à la Défense Andrius Kubilius a plaidé vendredi pour un véritable "big bang" dans le secteur de la défense en Europe, seul moyen selon lui de pouvoir faire face à une éventuelle agression russe.
"Nous devons passer de ce que certains appellent une approche progressive dans l'augmentation de nos capacités de défense à une approche de type +big bang+", a souligné, dans un entretien à l'AFP, l'ex-Premier ministre lituanien qui pris dimanche ses nouvelles fonctions à Bruxelles.
Ce changement d'approche est rendu d'autant plus indispensable que la menace russe se précise, a-t-il averti. "La Russie peut être prête à lancer une attaque militaire contre un pays de l'UE ou de l'Otan avant 2030", a-t-il mis en garde, citant plusieurs rapports des services de renseignement.
"La question est de savoir s'il y a suffisamment de volonté politique (en Europe) pour nous défendre", a-t-il ajouté.
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche peut-il convaincre les Européens de consacrer davantage de moyens à leur propre sécurité ? "Je vois la nécessité de dépenser plus pour la défense, non pas à cause de Trump, mais à cause de Poutine", a souligné M. Kubilius.
Depuis l’invasion russe de l'Ukraine le 24 février 2022, les pays européens s'efforcent de renforcer leur industrie de défense, mais les capacités restent insuffisantes.
Pourtant, selon des estimations de l'Otan, reprises dans les médias et citées par M. Kubilius, il faudra, d'ici 2044, ajouter aux capacités existantes quelque 49 nouvelles brigades, 1.500 tanks ou encore un millier de pièces d'artillerie.
- 500 milliards d'euros sur dix ans -
"Nous sommes très en deçà de ces besoins, auxquels nous devons répondre avant 2030, parce que nous ne pouvons pas demander au président (russe Vladimir) Poutine de reporter ses plans à 2044", a-t-il averti.
M. Kubilius, dont les fonctions n'existaient pas jusqu'à présent au sein de la Commission, veut maintenant aider l'industrie européenne à monter en puissance. Une fois que ces chiffres seront confirmés, "nous devons avoir un plan avec une vision claire pour l'Industrie", a-t-il souligné.
"Nous apporterons de la valeur ajoutée si nous arrivons avec une demande importante, des contrats à long terme et de l'argent clairement identifié", a-t-il insisté.
Et d'expliquer que si la Lituanie, par exemple, veut acheter vingt tanks, elle paiera plus cher et ne sera pas prioritaire face à des commandes plus importantes.
Mais si les Européens commandent 1.500 tanks d'un coup, "on peut s'attendre à ce que le prix soit moins élevé", et cela encouragera l'industrie qui a besoin de visibilité à long terme.
L'investissement n'en reste pas moins colossal, environ 500 milliards d'euros sur dix ans, selon M. Kubilius, pour qui néanmoins des solutions existent.
Les 23 pays européens membres de l'Otan se sont engagés à consacrer au moins 2% de leur Produit intérieur brut (PIB) aux dépenses militaires. Mais, a rappelé le nouveau commissaire européen, le patron de l'Otan veut augmenter ce seuil. Or, a-t-il expliqué, 1% de dépenses militaires en plus dans l'UE, c'est "200 milliards de plus" pour investir dans la défense.
Il s'est en revanche montré plus évasif sur les moyens de financer cette augmentation.
Un emprunt européen ne lui semble guère approprié, car cette idée "rend tout le monde nerveux".
Plusieurs pays, dont l'Allemagne ou les Pays-Bas, s'opposent à ce que l'Union européenne emprunte à nouveau, comme elle l'avait fait pour la première fois de son histoire au lendemain de l'épidémie de Covid.
L'idée serait donc de convaincre les Etats membres d'emprunter dès maintenant, jusqu'à 500 milliards d'euros, qu'ils rembourseraient sur plusieurs années, grâce à l'argent de toutes façons prévu pour se conformer aux nouvelles exigences de l'Otan, a-t-il expliqué.
L'UE consacre moins de 0,1% de son PIB à aider militairement l'Ukraine quand 9% du PIB russe est absorbé par les dépenses militaires, a-t-il encore expliqué.
Il est donc urgent de corriger le tir, sous peine de "répéter les erreurs" commises pendant les années 30, a-t-il assuré jeudi devant le Parlement européen.
F.Qawasmeh--SF-PST