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Tariq Ramadan condamné pour la première fois pour viol par la justice suisse
L'islamologue suisse Tariq Ramadan, accusé par plusieurs femmes en Suisse et en France, a été condamné pour la première fois pour viol d'une femme par la justice genevoise, à une peine de trois ans de prison dont un an ferme.
Acquitté par le tribunal correctionnel en première instance, il a été reconnu "coupable de viol et de contrainte sexuelle" dans la nuit du 28 au 29 octobre 2008 dans un hôtel à Genève, par la chambre pénale d'appel et de révision, a indiqué mardi la justice genevoise.
M. Ramadan est condamné à "une peine privative de liberté de trois ans, sans sursis à raison d'un an", a-t-elle ajouté dans un communiqué. Le jugement a été notifié par courrier aux parties car elles avaient renoncé à une lecture publique.
"Notre cliente est bien sûr soulagée et mesure ce qu'elle a dû endurer pour que la vérité éclate", ont déclaré à l'AFP les avocats suisses de la plaignante, Me Véronique Fontana et Me Robert Assaël, affirmant que "la vérité a enfin triomphé".
"Cette décision a été rendue au prix d'années de douleur et d'épreuves que la plaignante a traversées avec dignité. Nous avons rarement connu une procédure aussi brutale", a également déclaré à l'AFP Me François Zimeray, l'avocat français qui l'avait représentée en première instance.
L'arrêt, daté du 28 août, est susceptible de recours, dans un délai de 30 jours, auprès du Tribunal fédéral, la Cour suprême de la Confédération.
"Alors que le droit doit être limpide et les décisions de justice claires, toutes ces contradictions (...) donnent un sentiment d'extrême précarité", a réagi Me Philippe Ohayon, un des avocats français de l'islamologue.
Le procès en appel s'est tenu fin mai à Genève. Le procureur avait requis trois ans de prison dont la moitié ferme, et évoqué la notion d'"emprise" exercée par Tariq Ramadan, 62 ans, comparée à un "syndrome de Stockholm" chez la plaignante.
Tariq Ramadan, figure charismatique et contestée de l'islam européen, nie lui tout acte sexuel et avait plaidé l'acquittement.
Convertie à l'islam, la plaignante, "Brigitte", qui se fait appeler de la sorte pour se protéger de menaces, a assuré devant les juges qu'il l'avait soumise à des actes sexuels brutaux accompagnés de coups et d'insultes dans la chambre de l'hôtel genevois où il séjournait, la nuit du 28 octobre 2008.
La plaignante avait porté plainte dix ans après les faits. Selon l'accusation, c'est le fait que des femmes ont porté plainte en France en 2017 contre l'islamologue qui a poussé "Brigitte" à en faire de même en Suisse.
En France, la défense de Tariq Ramadan a formé un pourvoi contre la décision de la cour d'appel de Paris de le renvoyer en procès pour des viols sur trois femmes, qui auraient été commis entre 2009 et 2016. Le pourvoi doit être examiné en octobre.
- "plusieurs témoignages" -
En mai 2023, à l'issue d'un premier procès très médiatisé et qui s'était déroulé dans une ambiance très tendue, Tariq Ramadan avait été acquitté en première instance.
Les juges du Tribunal correctionnel de Genève avaient estimé qu'il n'y avait pas de preuve contre lui et fait valoir les témoignages contradictoires et les "messages d'amour" envoyés par la plaignante.
Les trois juges de la chambre d'appel et de révision ont eu une toute autre appréciation des faits, retenant cette fois "que plusieurs témoignages, certificats, notes médicales et avis d'experts privés concordent avec les faits dénoncés par la plaignante", selon la Cour de justice.
"Les éléments recueillis par l'instruction ont ainsi emporté la conviction de la chambre quant à la culpabilité du prévenu", indique le communiqué.
La plaignante avait indiqué durant l'enquête avoir connu Tariq Ramadan lors d'une séance de dédicaces quelques mois auparavant. S'en était suivie une correspondance de plus en plus intime sur des réseaux sociaux.
Les deux protagonistes ont affirmé devant les juges genevois avoir passé la nuit ensemble dans la chambre d'hôtel, qu'elle avait quittée tôt le matin pour rentrer à son domicile. Mais leurs versions des faits diffèrent.
Tariq Ramadan a affirmé s'être laissé embrasser avant de mettre fin à l'échange et a accusé la plaignante de vouloir se venger pour avoir été "éconduite".
W.AbuLaban--SF-PST