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Manifestations au Kenya: au moins 5 morts selon des ONG, inquiétudes occidentales
Au moins cinq personnes ont été tuées mardi au Kenya, selon des ONG, lors de manifestations anti-taxes réprimées par la police et qui ont viré au chaos dans la capitale Nairobi, avec une intrusion de protestataires au Parlement.
La police a fait usage de gaz lacrymogène, canons à eau, balles en plastiques et balles réelles, selon plusieurs ONG, pour disperser les manifestants lors de cette troisième journée de mobilisation contre les projets gouvernementaux de nouvelles taxes actuellement débattus par les députés.
"Au moins cinq personnes ont été tuées par balles (...). Trente-et-une ont été blessées", ont indiqué dans un communiqué ces ONG, dont Amnesty Kenya, en évoquant également des blessures par cartouches de gaz. Dans la foulée, les Etats-Unis et plus d'une dizaine de pays européens se sont déclarés "fortement préoccupés" par les violences et ont appelé au calme.
Elles indiquent également avoir relevé, au cours des dernières 24 heures, 21 cas d'enlèvements de personnes par des "officiers en uniforme ou en civil".
Des journalistes de l'AFP présents dans le centre de Nairobi ont vu trois personnes inanimées, gisant dans des mares de sang, aux abords du Parlement, où un bâtiment a brièvement pris feu.
L'une des organisatrices du mouvement, la journaliste et militante Hanifa Adan, a appelé dans l'après-midi les manifestants à rentrer chez eux. "Je vous aime tous, restez en sécurité", a-t-elle écrit sur X.
La principale coalition d'opposition, Azimio, a accusé le gouvernement d'avoir "déchaîné sa force brute contre les enfants de notre pays".
"Le Kenya ne peut pas se permettre de tuer ses enfants simplement parce qu'ils demandent de la nourriture, un emploi et une oreille attentive. La police doit donc immédiatement cesser de tirer sur des enfants innocents, pacifiques et non armés", a souligné Azimio dans un communiqué.
- Inquiétudes occidentales -
A Washington, la Maison Blanche a condamné "la violence sous toutes ses formes" et appelé au calme, a indiqué une porte-parole du Conseil de sécurité nationale. "Les Etats-Unis surveillent de près la situation à Nairobi", a-t-elle ajouté.
Les Etats-Unis et plus d'une dizaine de pays européens dont l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni se sont déclarés "fortement préoccupés" par les violences.
La tension était montée dans la journée dans le centre d'affaires (CBD) de Nairobi pour cette troisième manifestation en huit jours du mouvement "Occupy Parliament" ("Occuper le Parlement") opposé au projet de budget 2024-25 et à ses nouvelles taxes.
Après de premiers heurts avec la police vers la mi-journée alors que le cortège approchait de bâtiments officiels, des manifestants sont entrés dans le Parlement, où les députés venaient d'approuver des amendements au texte, qui doit être voté d'ici le 30 juin.
La police a repris le contrôle des lieux après quelques dizaines de minutes. Des images de la télévision montraient des salles saccagées, tables renversées, fenêtres brisées et du mobilier fumant jonchant des jardins.
Trois camions de l'armée ont acheminé des renforts pour sécuriser les abords du Parlement, où des dizaines de manifestants faisaient face aux forces de police, ont constaté les journalistes de l'AFP.
Par ailleurs, selon NetBlocks, organisme de surveillance du réseau de télécommunications dans le monde, le réseau internet au Kenya était perturbé de manière "importante" mardi.
L'organisme précise que les autorités avaient affirmé la veille qu'elles ne bloqueraient pas internet.
- Retrait intégral -
"Occupy Parliament" a été lancé sur les réseaux sociaux peu après la présentation au Parlement le 13 juin du projet de budget 2024-2025 prévoyant notamment une TVA de 16% sur le pain et une taxe annuelle de 2,5% sur les véhicules particuliers.
Pour le gouvernement, les taxes sont nécessaires pour redonner des marges de manœuvre au pays, lourdement endetté.
Après un début de contestation, le gouvernement a annoncé le 18 juin retirer la plupart des mesures, mais les manifestants demandent le retrait intégral du texte.
Le mouvement s'est transformé en une contestation plus large de la politique du président Ruto, qui s'était dit prêt à dialoguer dimanche.
"Nous n'avons peur de rien", lançait Stephanie Wangari, sans-emploi, 24 ans: "Ruto n'a jamais tenu ses promesses, même de fournir du travail aux jeunes. Nous sommes fatigués. Qu'il parte".
Avant la journée de mardi, cette mobilisation avait déjà été marquée par la mort de deux personnes à Nairobi, ainsi que des dizaines de blessés et des centaines d'arrestations.
Q.Bulbul--SF-PST