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BCE: une première baisse de taux attendue jeudi, et après?
La Banque centrale européenne (BCE) devrait commencer à baisser jeudi ses taux d'intérêt, actuellement à leur plus haut historique, mais se dire prudente pour la suite tandis que la désinflation poursuit un chemin cahoteux dans la zone euro.
L'institution de Francfort va brûler la politesse pour la première fois de son histoire à sa grande soeur d'Amérique, la Réserve fédérale (Fed). Cette dernière va devoir patienter pour assouplir sa politique car l'économie dynamique des Etats-Unis s'accompagne d'une courbe des prix plus tenace.
Au sein du conseil des gouverneurs de la BCE, un consensus se dessine depuis plusieurs semaines pour relâcher la bride monétaire lors de la réunion de jeudi, après un cycle de relèvement des taux sans précédent lancé en juillet 2022, puis neuf mois de pause à des niveaux record.
Frederik Ducrozet, chef économiste chez Pictet, s'attend même à ce que la décision des gardiens de l'euro soit "unanime": un assouplissement de 25 points de base est attendu par les experts. La dernière baisse des taux de la BCE remonte à presque cinq ans, en septembre 2019.
Servant de référence, le taux sur les dépôts actuellement de 4%, son plus haut atteint en septembre dernier, serait donc ramené à 3,75%. De quoi donner de l'air aux entreprises et ménages endettés.
Mais la suite de ce nouveau cycle est loin d'être écrite. "Il sera intéressant de voir ce qu'il adviendra des taux d'intérêt après l'été. Pour de nouvelles mesures d'assouplissement, la BCE voudra avant tout voir les données économiques", souligne Fritzi Köhler-Geib, cheffe économiste à la KfW.
- Augmentations de salaires -
La hausse des prix à la consommation en zone euro a été divisée par plus de quatre depuis le record de 10,6% sur un an atteint en octobre 2022, quand les tarifs de l'énergie flambaient à cause de la guerre en Ukraine et que les perturbations des chaînes mondiales d'approvisionnement liées à la pandémie de Covid-19 se faisaient toujours sentir.
L'inflation est repartie à la hausse en mai affichant 2,6%, après 2,4% en avril et mars. Mais ce léger sursaut ne remet pas en question la tendance à la baisse de l'agrégat, soulignent les experts.
La BCE veut néanmoins que la hausse des prix à la consommation atteigne d'ici 2025 l'objectif de 2% qu'elle a fixé.
Elle est donc attentive "aux éventuels effets de second tour des augmentations de salaires", vu l'accélération à la hausse des accords salariaux, à 4,7% sur un an au premier trimestre 2024, explique Franck Dixmier, responsable de la gestion obligataire chez Allianz GI.
Une hausse sensible des coûts salariaux pourrait se répercuter sur les prix de vente et donc alimenter l'inflation, à moins que les entreprises ne diminuent leurs marges.
- Pause jusqu'en septembre? -
Le débat promet donc d'être animé sur le rythme des baisses de taux. Pour alimenter la discussion, la Banque centrale européenne disposera d'un nouveau jeu de projections économiques.
La BCE "voudra voir un relâchement de la forte pression qui persiste sur les prix dans les services", où la composante des salaires est forte, souligne Fritzi Köhler-Geib.
D'autres évolutions des coûts seront surveillées comme ceux du "fret maritime influencés par la crise dans la mer Rouge", selon M. Dixmier.
Des nuances au sein de la BCE entre les "colombes", partisans d'un cap monétaire souple, et les "faucons" adepte de l'orthodoxie monétaire, se sont déjà manifestées.
Après juin, une deuxième baisse consécutive des taux en juillet est tout sauf acquise car "nous ne sommes pas sur pilote automatique", a prévenu le "faucon" Joachim Nagel, président de la Bundesbank, la banque centrale allemande.
Le gouverneur de la banque des Pays-Bas, Claas Knot, a fait une sortie remarquée fin mai en affirmant que les réunions de la BCE assorties de projections économiques constitueraient à ses yeux les moments "clés pour (les) décisions en matière de taux d'intérêt".
Ces projections sont publiées tous les trimestres, les prochaines étant prévues en septembre et décembre.
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a plaidé quant à lui pour "un maximum d'optionnalité", la BCE devant garder sa "liberté sur le timing et le rythme".
N.Shalabi--SF-PST