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Atos repousse la date butoir pour les propositions de ses créanciers après un repli de ses ventes
Le géant informatique français Atos a annoncé jeudi repousser au 3 mai la date butoir fixée à ses créanciers pour qu'ils lui fassent des propositions de refinancement, après avoir enregistré un recul de son activité au premier trimestre.
L'entreprise avait indiqué début avril être à la recherche de 1,2 milliard d'euros d'argent frais et vouloir diviser par deux sa dette, qui avoisine les 5 milliards d'euros, en la convertissant en actions.
Le plan d'affaires présenté aux investisseurs à cette occasion tablait sur une "reprise des activités commerciales à partir de fin 2024", avec l'hypothèse d'un chiffre d'affaires d'environ 9,9 milliards d'euros en 2024 puis de 11,4 milliards d'euros en 2027.
Mais Atos a vu ses revenus baisser au premier trimestre de 11% et doit en conséquence revoir ses prévisions pour la période 2024-2027, ce qui pourrait entraîner un besoin accru en liquidités et une réduction de la dette plus importante qu'envisagé.
Le groupe, qui doit communiquer sur ces nouveaux paramètres en début de semaine prochaine, a ainsi repoussé au 3 mai la date butoir fixée à ses créanciers. Ils avaient initialement jusqu'à vendredi pour formuler leurs propositions.
Sur les trois premiers mois de l'année, Atos, qui évoque également les "conditions de marché actuelles" pour expliquer sa décision, a vu son chiffre d'affaires atteindre 2,5 milliards d'euros.
La baisse d'activité a autant affecté le pôle Eviden, qui regroupe la cybersécurité, le numérique et le "big data", dont le chiffre d'affaires à chuté de 11,6% à 1,2 milliard d'euros, que la branche Tech Foundations (infogérance) qui a connu un recul de ses ventes de 10,8% à 1,3 milliard.
A périmètre et changes constants, le chiffre d'affaires global a baissé de 2,6%, dont -3,9% pour Eviden et -1,5% pour Tech Foundations.
- Reports de contrats -
Au-delà de la faiblesse du marché, notamment dans la région Amérique et en Europe centrale, Paul Saleh, le directeur général d'Atos, a aussi signalé des reports dans l'attribution de contrats de la part de clients qui attendent plus de clarification sur la résolution du plan de refinancement, lors d'une conférence téléphonique.
L'ex-fleuron, qui est l'un des piliers technologiques des JO de Paris, a perdu 80% de sa valeur boursière en un an après avoir vu s'effondrer coup sur coup deux opérations de cession d'une partie de ses activités qui devaient le remettre à flot.
D'un côté, l'échec de la vente de Tech Foundations au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, de l'autre, l'arrêt des discussions avec Airbus pour l'acquisition de ses activités "big data" et sécurité, BDS.
Atos possède notamment des supercalculateurs utilisés pour la dissuasion nucléaire et des contrats avec l'armée française.
L'Etat français veille en tout cas au grain pour garantir la souveraineté de ces activités stratégiques.
- Activités stratégiques -
Le ministère de l'Economie s'est engagé en avril à prêter 50 millions d'euros à l'entreprise pour l'aider à stabiliser sa situation financière en échange d'une "action de préférence" qui lui permet de mettre son veto à certaines opérations au niveau de Bull, filiale d'Atos qui construit ses supercalculateurs.
"C'est un signal très clair de notre détermination à protéger les actifs stratégiques d'Atos. Donc nous y travaillons là aussi de manière très active. J'aurai l'occasion, d'ici la fin de la semaine, de préciser les choses", a déclaré mercredi soir Bruno Le Maire sur BFM Business.
Bercy envisagerait notamment de prendre une participation minoritaire dans la division BDS du groupe, et de s'adosser à un industriel français comme Dassault Aviation ou Thales. Contactés par l'AFP, le ministère, l'Agence des participations de l'Etat, Dassault Aviation et Thales n'ont pas commenté.
De leur côté, les créanciers s'organisent aussi.
Une alliance entre porteurs d'obligations - qui possèdent environ 2,4 milliards d'euros de dette, l'autre partie étant détenue par les banques - s'est ainsi créée, d'après une source proche du dossier.
Ce front obligataire était prêt à apporter 600 millions d'euros d'argent frais et convertir la moitié de sa dette en actions, soit 1,2 milliard d'euros, si les banques faisaient de même.
"Dans ces dossiers-là généralement, il y a ceux qui arrivent avec de l'argent frais et ce sont eux qui vont dicter leurs conditions", a résumé auprès de l'AFP Charles Monot, président de Monocle Asset Management.
Reste à savoir si ce type d'union tiendra lorsqu'Atos dévoilera ses nouveaux besoins en liquidités et réduction de dette.
Q.Najjar--SF-PST