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Cette "Bidenflation" qui colle aux semelles du président américain
Il voudrait parler de "Bidenomics" mais c'est la "Bidenflation" qui lui colle aux semelles: en campagne pour un second mandat, le président américain bute à nouveau sur le coût élevé de la vie, qui parasite les succès de sa politique économique.
Le haut niveau des prix plombe sa popularité et le budget des familles américaines depuis l'été 2021, tout en brouillant son image d'enfant de la classe moyenne, attentif aux soucis du quotidien.
Ces derniers mois Joe Biden, qui affrontera le républicain Donald Trump en novembre, savourait le relatif retour au calme sur le front de l'inflation.
Mais cette semaine a été une suite de mauvaises nouvelles pour le démocrate.
Mercredi, le département du Travail américain a fait état d'un rebond de l'inflation et vendredi, l'université du Michigan a constaté une baisse de la confiance des consommateurs.
"Il y a une inquiétude sur le fait que le ralentissement de l'inflation touche à sa fin", explique pour l'AFP Joanne Shu, qui pilote l'étude mensuelle, très suivie, de cette université sur le moral des ménages.
De quoi rendre nerveux les proches du démocrate de 81 ans, jusqu'à Ron Klain, son ancien "chief of staff", poste le plus stratégique de la machine présidentielle américaine.
- Biden et ses ponts -
"Je pense que le président passe trop de temps à parler de ponts", ce qui n'a rien de "très intéressant", et pendant ce temps, "vous allez au supermarché et les oeufs et le lait coûtent cher..." a-t-il déploré récemment, selon Politico.
Grands chantiers de ponts, donc, et de diverses infrastructures aux quatre coins du pays, implantations d'usines, emploi au beau fixe, croissance solide... La Maison Blanche a tenté, avec un succès mitigé, de donner un nom à cette ère de relance: les "Bidenomics."
Cette vision résolument optimiste ne prend pas, quand de nombreuses familles américaines peinent à remplir leurs chariots de supermarché, accumulent les découverts bancaires et doivent puiser dans leur épargne.
"Nous avons un plan" pour gérer l'inflation, a assuré Joe Biden jeudi, en référence à diverses mesures de pouvoir d'achat qu'il a lancées, sur le prix des médicaments ou sur le logement.
Sa stratégie consiste aussi à critiquer les grandes entreprises, qui selon lui accumulent des "profits record" sur le dos des consommateurs.
Cette parade sera-t-elle politiquement efficace, face à une opposition conservatrice qui l'étrille sans relâche sur le sujet des prix ?
"Tous les Américains ressentent les effets (de l'inflation). Les Etats-Unis ne pourront pas supporter quatre années de plus de cette gestion désastreuse", a déclaré jeudi sur X un élu républicain du Colorado, Doug Lamborn.
- Le prix des oeufs -
"La manière dont l'inflation évoluera d'ici à l'élection présidentielle pourrait peser lourdement sur le résultat", commente Ryan Sweet, économiste chez Oxford Economics.
La droite accuse Joe Biden d'avoir alimenté la flambée de prix avec sa politique de relance par la dépense publique et s'appuie sur des exemples aussi concrets qu'imparables.
Le prix des oeufs, par exemple, déjà évoqué par Ron Klain. Juste après l'investiture de Joe Biden, en février 2021, ce composant incontournable du "breakfast" des Américains se vendait 1,60 dollars la douzaine, contre 3 dollars en février dernier. Près du double, donc.
L'inflation collante retarde une possible baisse des taux de la banque centrale américaine.
La Fed, qui donne le la pour les banques, a pour mission de garder les prix sous contrôle. Si elle baisse ses taux, elle nourrit l'inflation, puisque les ménages seront plus disposés à consommer à crédit.
Voilà donc les Américains face à une vie chère, et à des taux d'intérêt élevés, qui les forcent à remettre à plus tard leurs projets immobiliers, par exemple.
Ce n'est pas la première fois que Joe Biden peine à trouver le ton juste sur le coût de la vie.
Lorsque l'inflation a réellement flambé en 2021, il lui avait fallu des semaines voire des mois pour cesser d'y voir un phénomène "transitoire".
Face à une poussée des prix jamais vue depuis trente ans, le président américain avait fini par promettre, à l'automne 2021, d'en faire une "priorité absolue".
H.Jarrar--SF-PST