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Immigration: Macron espère un "compromis intelligent", la droite reste intransigeante
Emmanuel Macron a souhaité vendredi un "compromis intelligent" sur le projet de loi immigration, rejeté lundi par l'Assemblée et désormais au coeur d'intenses négociations entre le gouvernement et une droite toujours aussi déterminée à obtenir "un texte de fermeté".
Le chef de l'Etat, qui avait souhaité parvenir "vite" à un accord, a remis un coup de pression depuis Bruxelles sur sa Première ministre Elisabeth Borne, qui consulte tous azimuts depuis le début de la semaine.
Il a appelé à un "compromis intelligent" au nom de "l'intérêt général", précisant qu'il tirerait "les conséquences" du résultat des discussions en cours.
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, en déplacement vendredi à Calais, a de son côté lancé un avertissement en cas d'échec des négociations: "Il y a un risque en effet très important que si nous n'étions pas d'accord, le grand gagnant, ce ne soient ni les Républicains, ni la majorité présidentielle, mais le Rassemblement national, qui ne veut pas de solution, qui ne veut que des problèmes".
Mais la droite, requinquée par la séquence, continue d'afficher son intransigeance, à l'image du patron des sénateurs LR Bruno Retailleau.
- Pas de "saucissonnage" -
"Je souhaite, non pas un texte d’équilibre, mais un texte clair et fort pour diminuer drastiquement l’immigration", a-t-il affirmé vendredi soir dans Le Figaro, appelant la majorité présidentielle à "faire preuve de courage".
"Nous n’accepterons ni marchandage ni saucissonnage" du texte. "Il est temps pour l’exécutif de se décider", a-t-il insisté, avant d'être reçu dimanche à 19H00 par Elisabeth Borne avec les autres dirigeants de LR, pour un rendez-vous qui se veut décisif.
Car le sort du texte doit se trancher lundi à 17H00 en commission mixte paritaire (CMP), qui réunit sept sénateurs et sept députés. Après le rejet d'emblée du projet de loi lundi à l'Assemblée - un revers pour l'exécutif - cette instance devra travailler sur la base du texte durci le mois dernier par le Sénat, majoritairement à droite.
Sur le fond, M. Retailleau n'a ouvert qu'une seule porte d'importance: la réforme de l'aide médicale d'Etat (AME) pour les sans-papiers, que les LR réclament ardemment, pourrait être sortie du texte et être inscrite dans un autre "en tout début d'année".
Une maigre concession que Mme Borne avait déjà exposée jeudi à ses ministres puis à sa majorité, ajoutant, selon plusieurs membres du gouvernement, que le compromis ne reprendrait pas l'allongement des délais de séjour en France pour bénéficier des prestations sociales.
"Sur les allocations familiales par exemple, la marge de négociation pourrait être de différencier les étrangers qui travaillent et cotisent de ceux qui ne travaillent pas et ne cotisent pas", a avancé vendredi M. Retailleau.
Le texte doit conserver en revanche selon lui un article sur la régularisation au cas par cas des sans-papiers dans les métiers en tension qui serait à la discrétion des préfets. La majorité était favorable à une formule plus large et moins restrictive. Mais sans cela, "il n’y aura pas d’accord", a martelé le patron des sénateurs LR.
Mme Borne doit également composer avec des dissensions internes, alors que la réunion de jeudi avec ses ministres s'est révélée "très tendue", selon plusieurs participants.
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a eu notamment un échange âpre avec la Première ministre.
- "Pétrin" -
Celle-ci venait de demander à chacun des membres de son gouvernement de "mesurer ses propos" et de "ne pas interférer dans la discussion en cours", visant sans le nommer le locataire de Bercy. Ce dernier avait appelé le gouvernement à "reprendre la version" du texte issue du Sénat, tout en demandant à LR de la "mansuétude" dans les négociations.
Le ministre de l'Economie a répondu qu'il ne changerait "pas une virgule" de ce qu'il avait déjà dit, à savoir qu'il fallait reconnaître que le rejet du texte était "un échec" pour le gouvernement.
Des ministres ont en outre émis des doutes sur l'adoption finale par les deux chambres d'un compromis trouvé en CMP, si ce dernier validait un texte trop marqué à droite. En gagnant le soutien des LR, le gouvernement ne perdrait-il pas celui de la gauche de la macronie ?
"C'est là tout le pétrin dans lequel s'est mis le gouvernement", a souligné vendredi sur franceinfo la députée RN Edwige Diaz, imaginant une coalition de votes défavorables de "l'aile gauche de la macronie, rejointe par la Nupes".
Le Rassemblement national pourrait lui-même s'opposer au nom d'une "ligne rouge", dixit Mme Diaz: "la régularisation massive de clandestins, pour nous, ça n'est pas admissible".
I.Matar--SF-PST