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Robot journaliste ? L'Est Républicain a lancé son essai d'IA
L'Est Républicain a engagé son essai d'intelligence artificielle (IA) pour le traitement de la copie de certains correspondants locaux, une première pour la presse quotidienne régionale (PQR) qui inquiète les syndicats de journalistes.
Après avoir suspendu fin octobre son projet d'expérimentation de l'IA face à la grogne d'une partie du personnel, le quotidien nancéien a finalement démarré fin novembre et pour trois mois un test du robot conversationnel Chat GPT.
"Nous avons initié un test qui a débuté il y a moins de deux semaines sur l'Est Républicain", indique-t-on à la direction du groupe Ebra, filiale du Crédit Mutuel à qui appartient le journal. "L'expérimentation se déroulera jusqu'à fin février."
Ebra, premier groupe de PQR avec neuf titres couvrant 23 départements de l'est de la France, ajoute qu'il ne communiquera pas davantage sur ce projet avant le premier semestre 2024 afin d'avoir "plus de recul et pouvoir tirer des enseignements précis".
L'expérimentation implique "quatre ou cinq secrétaires de rédaction (SR) volontaires", précise Eric Barbier, délégué du Syndicat national des journalistes (SNJ), majoritaire parmi les journalistes du quotidien.
Dans la presse, les SR sont des journalistes chargés de la relecture des articles et de leur mise en page.
- "Inévitable" -
A l'Est Républicain, le test d'IA est limité à la copie des correspondants en provenance de l'agence locale de Lunéville (Meurthe-et-Moselle), selon M. Barbier. Il s'agit ainsi d'une "quinzaine" d'articles qui sont passés chaque jour à la moulinette de Chat GPT.
C'est là que les choses se compliquent entre syndicats et direction. Pour cette dernière, le robot s'acquitte simplement d'un travail "de relecture et de corrections de contenus", comme elle l'avait expliqué à l'AFP en octobre.
Mais dans les faits "on demande à l'IA de réécrire les papiers des correspondants", accuse Eric Barbier. Au-delà d'une simple réécriture orthographique ou grammaticale, on demande au robot "de proposer des titres et des accroches" d'articles. "On est dans un travail journalistique, c'est inadmissible", observe-t-il.
"L'arrivée de l'IA générative dans les rédactions est inévitable et notre objectif est de l'anticiper en testant les outils à disposition dans nos process de traitement de l'information", avait justifié en octobre Christophe Mahieu, directeur général de l'Est Républicain et de Vosges Matin.
"Le choix, la hiérarchie de l'information, la première et la dernière relecture ainsi que la validation finale pour publication resteront de la responsabilité des journalistes de notre rédaction", avait-il assuré.
- "Par monts et par marées" -
De l'avis d'Eric Barbier, "les premiers retours" sur l'expérimentation sont que l'IA "est largement perfectible" et que son utilisation aboutit à davantage de travail pour les SR, obligés de relire à la fois la copie originale du correspondant et les versions modifiées par le robot.
"Il utilise des expressions qui n'existent pas comme +par monts et par marées+ au lieu de +par monts et par vaux+", s'amuse M. Barbier.
A terme, il s'inquiète que l'IA, "qui dans son garde-manger conserve 70 milliards de données, pioche dans la toile des choses qui ne sont pas dans la copie originale, au risque de produire une information non fiable".
Les syndicats ont néanmoins accepté la mise en place de cette expérimentation à condition qu'un expert puisse assister aux deux derniers mois de la phase de tests. Le cabinet Apex-Isast a été mandaté dans le cadre d'une expertise santé au travail.
En attendant, les papiers retravaillés avec l'aide de l'IA sont censés être publiés avec une mention en ce sens, selon M. Barbier, qui assure que cela n'a pas été le cas depuis le début des essais.
"J'en conclus que les tests n'ont pas été efficaces, ou alors c'est qu'on ment au lecteur", dit-il.
Au-delà de la PQR, l'IA est déjà utilisée couramment dans les rédactions, notamment pour traduire des textes ou retranscrire des fichiers sonores, mais les médias restent frileux en matière d'IA "générative", c'est-à-dire créatrice de contenus.
En Allemagne, le groupe de médias Axel Springer a annoncé en début d'année des suppressions d'emplois dans ses quotidiens Bild et Die Welt, au motif que l'intelligence artificielle pouvait désormais "remplacer" les journalistes.
P.AbuBaker--SF-PST