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Retour en force de la haine anti-macron, quatre ans après les Gilets jaunes
Effigie brûlée, appel au "régicide", Emmanuel Macron cristallise de nouveau la haine après son passage en force sur les retraites, une escalade qui n'est pas sans rappeler celle des Gilets jaunes même si elle reste pour l'heure contenue.
Des manifestants descendent chaque soir dans les rues depuis que le président de la République et la Première ministre ont décidé jeudi de recourir au 49.3 pour faire adopter ce texte, engageant la responsabilité du gouvernement sur cette réforme phare du second quinquennat Macron.
Et, même si Élisabeth Borne n'est pas épargnée, la personne du chef de l’État est particulièrement prise pour cible.
"Macron on peut recommencer ! Louis XVI, Louis XVI on l'a décapité !", ont scandé des jeunes à Paris et à Toulouse.
Une tête à son effigie a aussi été brandie au bout d'un manche en bois dans un rassemblement à Châteauroux, début mars.
"Depuis les Gilets jaunes, il a cristallisé énormément de rancœur et de haine sur sa personne", relève Anne Muxel, directrice de recherche à Sciences-Po.
En décembre 2018, le chef de l’État avait été hué et insulté au Puy-en-Velay en sortant d'une préfecture incendiée par des manifestants. "Crève!", avait lancé une femme sur le passage du cortège.
Un an plus tard, une représentation d'Emmanuel Macron au bout d'une pique avait suscité l'indignation de l'ancien garde des Sceaux Robert Badinter.
- "Un président clivant" -
Ce président jeune, volontiers bravache, issu de l'ENA et du monde la banque, a rapidement incarné l'arrogance aux yeux de ses détracteurs.
"C’est inhérent à sa personne, c’est un président clivant, adulé ou détesté. Et sinon il n’aurait pas été président", concède un cadre du camp présidentiel.
Avec la crise du Covid en 2020, "la colère est passée au second plan, pas la défiance. Il y a de nouveau ce sentiment des Français de ne pas être entendus, écoutés", poursuit Anne Muxel.
"Quelles que soient les crises auxquelles il a été confronté, il y a un problème de communication. Il n’arrive jamais à faire passer des messages", renchérit-elle.
Le mouvement des Gilets jaunes, né spontanément pour protester contre la hausse d'une taxe sur les carburants, avait conduit à des blocages de routes et ronds-points et des rassemblements massifs tous les samedis, émaillés de violences.
- "Hors-sol" -
De toute évidence, la crise actuelle "s’appuie sur une même méfiance, extrêmement profonde, à l’égard des institutions politiques, y compris locales", note Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS.
La vindicte s'étend aussi aux députés qui s'étaient dit prêts à voter la réforme des retraites et dont certains ont vu leur permanence taguée ou caillassée.
En optant pour le 49.3, l'exécutif donne "l’image d’un pouvoir isolé, minoritaire, qui expédie le travail parlementaire" et "lance des politiques hors-sol (loin) de la réalité de la vie des Français", observe Luc Rouban.
Comme chez les Gilets jaunes, cette colère spontanée est aussi alimentée par les craintes pesant sur le pouvoir d'achat. Reste à savoir si elle va s'installer dans la durée, que la loi soit adoptée définitivement lundi ou pas, au terme de l'examen des motions de censure contre le gouvernement Borne.
Après des rassemblements très encadrés par les syndicats ces dernières semaines, "la mobilisation va se réduire, les journées vont s'espacer et on va se retrouver tous les samedis avec des gilets jaunes", prédit un responsable syndical, qui n'exclut pas "plusieurs mois de samedis bordelisés jusqu'à l'été".
Du côté du gouvernement, on s'attend plutôt à des mouvements radicalisés ponctuels, qui braqueront l'opinion et s'éteindront d'eux-mêmes.
"Les gens ils ont quand même conscience qu’on est dans une crise inflationniste, économique, peut-être financière, et qu’à un moment il faut de la responsabilité", avance un conseiller gouvernemental.
W.AbuLaban--SF-PST