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La Russie "élargit l'offensive" en Ukraine, des banques russes bientôt exclues de Swift
La Russie a averti samedi qu'elle allait élargir son offensive contre l'Ukraine et les Occidentaux ont répliqué en annonçant l'exclusion de banques russes de la plateforme interbancaire Swift et de nouvelles livraisons d'armes à Kiev, notamment par l'Allemagne.
Dans l'immédiat, "la nuit va de nouveau être difficile. Les soldats (russes) essaient toujours d'entrer dans Kiev", a écrit samedi sur son compte Telegram le maire de la capitale ukrainienne, Vitaly Klitschko, après que la Russie a annoncé renforcer son attaque. "Toutes les unités ont reçu l'ordre d'élargir l'offensive dans toutes les directions", a déclaré le ministère russe de la Défense.
Mais la violence de l'intervention russe a décidé samedi les Occidentaux à adopter un nouveau train de sanctions, visant notamment à exclure de nombreuses banques russes de la plateforme interbancaire Swift, rouage essentiel de la finance mondiale, a annoncé le gouvernement allemand, qui préside le forum du G7.
Cette action "empêchera les banques d'effectuer la plupart de leurs transactions financières mondiales, et par conséquent, les exportations et importations russes seront bloquées", a souligné la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
La mesure, qui doit encore être approuvée au niveau de l'UE par les Etats membres, sera également prise par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Canada.
Par ailleurs, les partenaires occidentaux ont décidé de restreindre davantage l'accès de la banque centrale russe aux marchés des capitaux, et de "paralyser les actifs de la Banque centrale russe" afin d'empêcher Moscou d'y recourir pour financer le conflit en Ukraine, selon les mots de Mme von der Leyen.
Les nouvelles sanctions vont enfin s'en prendre aux oligarques russes et à leurs familles pour les empêcher d'obtenir la nationalité de pays occidentaux.
La Russie est désormais un "paria économique et financier mondial", faisant face à un rouble en "chute libre", et un groupe de travail "traquera" les "yachts, jets, voitures de luxe et maisons de luxe" des oligarques russes, a synthétisé samedi soir un haut responsable américain.
L'Allemagne, dont la compagnie Lufthansa a annoncé suspendre ses vols en Russie pour 7 jours, a indiqué samedi envisager de fermer son espace aérien aux compagnies russes.
Elle a également annoncé samedi la fourniture à Kiev d'un millier de lance-roquettes antichars et de 500 missiles sol-air, rompant avec sa politique traditionnelle de refus d'exporter des armes létales en zone de conflit.
- "Une guerre vaine" -
Au troisième jour de l'intervention lancée par Vladimir Poutine, des combats avaient lieu samedi, outre la capitale, dans nombre de villes ukrainiennes, et au moins 198 civils, dont trois enfants, ont été tués et 1.115 personnes blessées depuis jeudi, selon le ministre ukrainien de la Santé, Viktor Liachko.
"Notre armée contrôle Kiev et les villes clés autour de la capitale", a assuré Volodymyr Zelensky sur Facebook, affirmant avoir "cassé le plan" de Moscou. Le président ukrainien a appelé la population à prendre les armes et juré de rester à Kiev.
A Moscou, le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, a réaffirmé que l'armée russe ne menait pas de frappes sur des zones résidentielles. Des reporters de l'AFP ont cependant vu plusieurs habitations touchées par des tirs à travers le pays.
De son côté, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, s'est directement adressé samedi sur Twitter "au peuple russe", en russe: "Vous ne méritez pas une guerre vaine avec vos voisins, vos amis et familles en Ukraine", a-t-il notamment écrit.
Washington a annoncé samedi l'envoi d'une nouvelle aide militaire à l'Ukraine, d'un montant de 350 millions de dollars, alors qu'un haut responsable du Pentagone disait à l'AFP voir "des signes d'une résistance ukrainienne viable".
"Nous pensons que les Russes sont de plus en plus frustrés par leur perte d'élan au cours des dernières 24 heures, notamment dans le nord de l'Ukraine", a-t-il ajouté.
Les Pays-Bas ont annoncé livrer 200 missiles antiaériens Stinger, la République tchèque a dit envoyer des armes pour une valeur de 7,6 millions d'euros, et la Belgique a indiqué fournir à Kiev 2.000 mitrailleuses et 3.800 tonnes de fuel.
Et la France a annoncé à son tour samedi soir, à l'issue d'un Conseil de défense, avoir "décidé la livraison additionnelle d'équipements de défense aux autorités ukrainiennes".
- "Isoler totalement" Moscou -
Le pape François s'est entretenu au téléphone avec le président Zelensky et a exprimé sa "profonde douleur pour les événements tragiques" en Ukraine, a annoncé l'ambassade ukrainienne près le Saint-Siège.
Volodymyr Zelensky s'est également entretenu samedi avec le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres et lui a demandé de priver la Russie, "pays agresseur", de son droit de vote au Conseil de sécurité.
Lui et le Premier ministre britannique Boris Johnson ont souligné lors d'un appel téléphonique samedi "la nécessité d'isoler totalement la Russie diplomatiquement et financièrement", a annoncé Downing Street.
Côté diplomatie encore, la présidence du Bélarus a annoncé samedi que le président Alexandre Loukachenko, ces derniers mois très dépendant de l'appui du Kremlin, s'était entretenu avec son homologue français.
Emmanuel Macron a demandé que le Bélarus "exige au plus vite le retrait des troupes russes de son sol", et qui sont engagées dans l'invasion de l'Ukraine, a ensuite expliqué l'Elysée. Avec cet appel, Emmanuel Macron a mis le président Loukachenko "sous pression en lui rappelant ce que la Biélorussie avait en commun avec l'Ukraine et avec l'Europe", selon l'Elysée.
La Grèce a de son côté exigé que la Russie cesse ses attaques aériennes contre des civils en Ukraine, l'accusant du "meurtre" d'au moins dix Ukrainiens d'origine grecque.
- Affrontements à Kiev -
Dans Kiev, ville-fantôme désertée par ses habitants, des combats ont opposé samedi les forces russes et ukrainiennes. Le couvre-feu a été étendu jusqu'à lundi 08h00 et toute personne dans la rue sera traitée en ennemi, a annoncé le maire, Vitaly Klitschko.
Des soldats ukrainiens en patrouille ont assuré à l'AFP que les forces russes étaient en position de tir à quelques kilomètres de là. Sous un ciel bleu, la carcasse d'un camion militaire pulvérisé par un missile fumait encore au milieu des débris, tandis que des détonations étaient entendues au loin.
Le métro de Kiev est à l'arrêt et sert d'abri antiaérien à la population.
Un immeuble résidentiel d'une trentaine d'étages a été frappé de plein fouet samedi matin par un missile qui a fait des dégâts importants, sans que les autorités ne fassent état de victimes dans l'immédiat.
Des "unités de sabotage" de Moscou se trouvent dans la ville, mais pas encore des formations régulières de l'armée russe, a dit le maire de la ville.
L'armée ukrainienne assure avoir détruit une colonne de cinq véhicules militaires, dont un char, sur l'avenue de la Victoire.
- Exode vers l'Ouest -
Jusqu'à présent, le ministère russe de la Défense n'a pas évoqué d'offensive sur Kiev, faisant état uniquement de tirs de missiles de croisière sur des infrastructures militaires, d'avancées dans l'Est - où l'armée appuie les séparatistes des territoires de Donetsk et Lougansk - et dans le Sud ukrainien, où les forces russes sont entrées jeudi depuis la péninsule de Crimée, annexée par Moscou en 2014.
Des unités russes ont été identifiés à Borodianki (à 70 km au nord-ouest de Kiev), à Butcha, dans la banlieue nord-ouest de la capitale, et à Vychgorod, dans sa banlieue nord, a indiqué sur Facebook l'armée ukrainienne.
Les forces russes "continuent leur attaque pour bloquer Kiev depuis le nord-est (du pays), mais elles ont été arrêtées par les forces armées ukrainiennes", a-t-elle encore affirmé.
A travers le pays, des dizaines de militaires ukrainiens ont perdu la vie dans les combats, selon l'armée ukrainienne qui affirme aussi infliger de lourdes pertes à l'armée russe. Moscou ne donne aucune information quant à son bilan.
Sur la route entre Kramatorsk et Dnipro, deux villes de l'est de l'Ukraine, des journalistes de l'AFP ont constaté la présence de très nombreux convois militaires ukrainiens. Des check-points ont été instaurés aux entrées et sorties de chaque grande ville de cette zone.
La Pologne affirme que 115.000 Ukrainiens ont franchi la frontière depuis jeudi. Neuf centres d'accueil ont été mis en place.
- Censure en Russie -
"Nous avons quitté notre maison très, très vite parce que nous avions peur d'un assaut massif", a raconté à l'AFP Dania, parmi les réfugiés.
Le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés avait auparavant estimé à plus de 116.000 le nombre de réfugié à avoir fui vers les pays voisins, comme la Hongrie, la Moldavie, la Slovaquie et la Roumanie.
Vladimir Poutine paraît résolu à poursuivre son offensive, jusqu'à déloger du pouvoir à Kiev ceux qu'il qualifie de "drogués" et "néonazis". Il a aussi appelé l'armée ukrainienne à prendre le pouvoir. Selon Moscou, il s'agit d'une opération militaire de "maintien de la paix".
Le régulateur russe des médias a d'ailleurs ordonné samedi aux médias nationaux de supprimer toute référence à des civils tués par l'armée russe en Ukraine ainsi que les termes "invasion", "offensive" ou "déclaration de guerre".
Dans le monde entier, des sportifs, notamment des footballeurs, ont avant le début de matches exprimé leur solidarité envers l'Ukraine et leur opposition à l'offensive russe.
burx/lpt/thm/mm/lpt/fjb/am/ybl
F.Qawasmeh--SF-PST