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Allemagne: la police encercle des militants anti-charbon retranchés dans un village
La police allemande a intensifié mercredi son opération visant à déloger des militants anti-charbon qui occupent un ancien village devenu emblématique pour les défenseurs du climat et les opposants aux énergies fossiles.
Les forces de l'ordre s'attendent à une longue résistance des activistes qui veulent empêcher l'extension d'une mine de lignite à ciel ouvert sur le terrain de ce hameau de l'ouest de l'Allemagne désormais connu dans tout le pays et même au-delà des frontières.
Une manifestation de soutien est prévue samedi, à laquelle doivent participer plusieurs personnalités allemandes et l'activiste suédoise Greta Thunberg.
Mercredi à l'aube, des centaines de policiers ont déclenché une nouvelle phase de leur intervention, encerclant totalement le camp et pénétrant sur le site où quelque 200 irréductibles se sont réfugiés dans des cabanes et autres installations construites dans les arbres.
"Ils ont sorti de force l'équipe de premier secours du camp", témoigne auprès de l'AFP Mara Sauer, une porte-parole des militants. "Seuls certains ont pu rester en se cachant" ajoute-t-elle.
Pour les autres, il s'agit de rester en hauteur le plus longtemps possible. Accrochés à des câbles, humides à cause de la pluie, les occupants se déplacent d'arbres en arbres, au-dessus des forces de police.
- Plusieurs semaines -
L'ambiance était calme selon les journalistes de l'AFP sur place, même si la police a appelé les manifestants via twitter à s'abstenir de "lancer des cocktails Molotov" et à adopter un comportement "non-violent".
Elle a aussi exhorté les parents présents dans le camp avec leurs jeunes enfants à le quitter immédiatement en raison "des dangers liés à l'intervention".
Erle, une étudiante d'une vingtaine d'année, assure n'avoir assisté à aucune violence de part et d'autre.
"Tous s'est passé dans le calme. Nous chantions, puis un de mes camarades a été emmené, et j'ai été emmené avec lui", raconte-t-elle.
Les forces de l'ordre ont promis de ne pas arrêter les manifestants, mais de les évacuer du camp puis les empêcher d'y revenir en bloquant les accès.
Le travail s'annonce longue haleine: l'opération d'évacuation "pourrait durer plusieurs semaines", a indiqué à l'AFP le service de presse de la police qui a fait venir des unités de toute l'Allemagne.
En début d'après midi, un joueur de violon rompt le silence en donnant un concert aux policiers depuis le toit d'une maison abandonnée.
Il suffit de lever la tête pour voir poindre les visages cagoulés de militants, assis sur les branches, les toits, sur des mâts, emmitouflés dans des couverture de survie, parfois même habillés de combinaisons anti-atomiques.
- Débat "très émotionnel" -
Au sol, des militants se sont enchaînés un bras à un baril de béton.
"Nous ne pouvons pas les détacher, pas aujourd'hui en tout cas. Pour cela nous avons besoin de ciseaux spéciaux. Ils sont restés dans la grue en dehors du camp", constate un jeune policier originaire d'Aix-la-Chapelle.
Les équipes spécialisées "ont autre chose à faire pour l'instant, une chose à la fois", ajoute-t-il.
Le porte-parole du gouvernement Steffen Hebestreit a reconnu à Berlin que le sort de Lützerath a provoqué un "débat très émotionnel" dans le pays mais souligné que sa destruction était "légale" et que cela devait être respecté.
Le groupe énergétique allemand RWE, propriétaire des lieux, veut démolir le village pour agrandir son immense mine de lignite.
Ce charbon "est nécessaire pour faire fonctionner à capacité élevée les centrales en période de crise énergétique et économiser ainsi du gaz dans la production d'électricité en Allemagne", a affirmé le groupe dans un communiqué mercredi.
Il a aussi rappelé avoir obtenu pour cela "toutes les autorisations nécessaires" et s'être engagé en échange à fermer ses centrales à charbon du bassin rhénan huit ans plus tôt que prévu, en 2030.
L'Allemagne a dû renforcer cet hiver son recours au charbon en raison de l'arrêt des livraisons de gaz russe, dont elle était fortement dépendante, décidé par Moscou depuis l'invasion de l'Ukraine.
T.Ibrahim--SF-PST