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Téhéran durcit le ton sur le port du voile, l'ONU dénonce des "meurtres d'Etat"
L'Iran a menacé mardi de punir "fermement" les personnes enfreignant la loi stricte sur le port du voile dans sa répression des manifestations et annoncé une nouvelle condamnation à la peine de mort, l'ONU dénonçant le recours à la peine capitale confinant au "meurtre d'Etat".
Des manifestations secouent le pays depuis la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde de 22 ans, détenue pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique.
Depuis, de plus en plus de femmes ont été vues tête nue dans la rue ou en voiture, sans entraîner de réaction de la police.
Début janvier, des médias locaux ont rapporté que la police avait recommencé à surveiller le port du hijab dans les voitures, envoyant un texto à leurs propriétaires en cas de non respect du voile par la femme la conduisant, sans pour autant menacer de sanctions.
Mais l'Autorité judiciaire iranienne a annoncé mardi vouloir faire appliquer de nouveau une loi prévoyant de sévères sanctions, comme l'exil, pour les personnes qui ne respecteraient pas l'obligation du port du voile.
"La police a reçu récemment une directive du procureur général lui ordonnant d'agir fermement contre toute infraction au port du voile", a indiqué Abdolsamad Khoramabadi, l'adjoint du procureur, cité par l'agence Mehr.
Dans ce cadre, "les tribunaux doivent condamner les contrevenants, en plus d'une amende, à des peines supplémentaires (...) comme l'exil, l'interdiction d'exercer une certaine profession et la fermeture du lieu de travail", a ajouté M. Khoramabadi.
Ces peines sont applicables à toute personne qui ne respecterait pas le port obligatoire du voile, comme une femme non voilée ou un restaurateur qui accueillerait une cliente sans hijab.
La justice a ordonné récemment la fermeture de plusieurs cafés et restaurants pour avoir accueilli des clientes non voilées.
- Nouvelle condamnation -
Ignorant le tollé international provoqué par les récentes exécutions de manifestants, la justice iranienne a annoncé mardi la condamnation à la peine capitale d'un homme pour son implication présumée dans les manifestations, a indiqué l'organe de l'Autorité judiciaire Mizan Online.
Téhéran a déjà exécuté quatre personnes accusées d'avoir pris part aux manifestations qui secouent le pays.
Le tribunal a condamné à mort Javad Rouhi notamment pour "corruption sur terre", "apostasie par profanation du Coran en le brûlant" et "destruction et incendie de biens publics", a-t-il précisé.
Cette condamnation à mort porte à 18 le nombre de personnes condamnées à la peine capitale en lien avec la contestation, selon un décompte établi par l'AFP à partir d'annonces officielles. Parmi elles, quatre ont déjà été exécutées.
Les autorités iraniennes qualifient généralement les protestations d'"émeutes" encouragées par des pays et organisations hostiles à l'Iran.
Javad Rouhi, dont l'âge n'a pas été précisé, a été condamné pour avoir été "le meneur d'un groupe d'émeutiers" à Noshahr (nord), a affirmé Mizan Online.
Début janvier, la Cour suprême avait confirmé la peine capitale de deux hommes en lien avec les manifestations. Ils n'ont donc plus aucun recours et peuvent être exécutés à tout moment.
- "Meurtre d'Etat"-
Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a fustigé mardi les condamnations à la peine de mort contre des manifestants pour effrayer la population iranienne et faire taire la contestation, ce qui confine au "meurtre d'Etat".
Ces exécutions sont "des privations arbitraires de la vie", a insisté Ravina Shamdasani, une porte-parole du Haut-Commissariat lors d'un point de presse à Genève.
"L'ONU est contre la peine de mort en toutes circonstances", a rappelé Mme Shamdasani, qui dénonce dans le cas des Iraniens exécutés "un manque de respect des procédures, des accusations qui sont complètement fallacieuses et qui n'ont aucun sens".
"Ce sont des accusations de corruption sur Terre et de guerre contre Dieu, qui sont formulées de manière très vague", a-t-elle insisté, faisant aussi état "de graves allégations de torture et de mauvais traitements, des traitements humiliants avant leurs exécutions".
Selon l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, la répression en Iran a fait au moins 476 morts, tandis que plusieurs milliers de personnes ont été arrêtées.
"Je réitère une fois de plus mon appel au gouvernement iranien pour qu'il respecte la vie et la voix de son peuple, qu'il impose un moratoire immédiat sur la peine de mort et qu'il mette fin à toutes les exécutions", a souligné M. Türk.
N.Shalabi--SF-PST