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En Irak, un travail de fourmi pour préserver des manuscrits centenaires
Dans une annexe du Musée de Bagdad, une conservatrice découpe un papier fin pour restaurer un texte religieux persan du 17e siècle. Un travail de fourmi, accompagnant le défi titanesque que s'est donné l'Irak: préserver ses 47.000 manuscrits et livres anciens.
Epaulée par des expertises européennes, la Maison des manuscrits poursuit une double mission: numériser l'intégralité de sa collection, mais aussi restaurer ouvrages, parchemins et planches de calligraphie endommagés par l'humidité, des insectes, ou tout simplement l'usage humain au fil des siècles.
"Certains manuscrits remontent à près d'un millier d'années", confie à l'AFP le directeur de l'institution, Ahmed al-Aliaoui. "Il y a des écrits en arabe, en persan, en turc, en hébreu ou en kurde, illustrant une immense diversité culturelle".
Penché sur l'élégante calligraphie à l'encre noire d'un manuel d'astronomie ottoman du 18e siècle, il égrène ses commentaires en anglais, répétés en arabe par une traductrice.
Dans une salle attenante, une restauratrice en blouse blanche époussète à l'aide d'une brosse une planche de calligraphie aux bords rongés. Sa voisine utilise un stylet de découpage sur du "papier Japon". Les fins morceaux seront collés pour combler les trous sur les pages d'un livre du 17e siècle en persan consacré à l'Achoura, une commémoration religieuse chiite.
- "Vivre plus longtemps" -
Chaque intervention doit "préserver l'aspect ancien" d'un ouvrage, tout en "réduisant les dommages subis, pour qu'il puisse vivre plus longtemps", explique Tayba Ahmed, 30 ans, restauratrice depuis trois ans.
"On peut passer plusieurs mois avec le même ouvrage. Il n'a peut-être pas de couverture, les pages sont détachées, il faut coudre et faire une couverture de cuir", énumère-t-elle. "Quand on voit le résultat final, on est évidemment heureux".
Grâce à des financements italiens, des planches lumineuses servant d'établi, des plafonniers et des lampes amovibles fixées au bureau ont été installés.
Le conservateur Marco Di Bella met l'accent sur "l'approche en matière de conservation". "Le plus difficile (...) c'est de décider comment intervenir sur un manuscrit. Il faut respecter autant que possible son histoire".
Cela passe par "la réintroduction" de certains matériaux, comme l'amidon, "un adhésif traditionnel qui a été abandonné dans le milieu de la conservation mais est revenu à la mode", poursuit l'expert.
Dans un Irak qui porte les cicatrices de décennies de conflits, la Maison des manuscrits a été épargnée. Même quand le Musée de Bagdad a été mis à sac dans le chaos ayant suivi l'invasion américaine en 2003.
"Avant la guerre, les manuscrits avaient été déplacés vers un abri souterrain en banlieue", se souvient M. Aliaoui. Des habitants et des fonctionnaires avaient protégé les lieux contre les tentatives de pillage, dit-il.
- "Avant le papier" -
L'institution abrite des planches de calligraphie remontant "au premier siècle de l'Hégire (VIIe siècle) écrites en Koufi sur des parchemins, avant même la fabrication du papier", s'extasie M. Aliaoui.
Il y a des manuscrits vieux d'un millénaire, datant "des débuts de l'époque Abbasside", quand Bagdad a commencé à fabriquer son propre papier, ajoute le directeur de la Maison des manuscrits.
Il espère restaurer à hauteur de 100 ouvrages par an, mais il déplore des financements insuffisants soulignant notamment ne disposer que de quatre scanners pour le travail de numérisation.
L'institution a signé en octobre un partenariat avec la Bibliothèque nationale de France (BNF), grâce au soutien financier de la fondation Aliph, l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit.
"La collection de la Maison des manuscrits est une collection de premier plan en Irak et dans la région", reconnaît Zakaria Haffar, chargé de projet Irak à la BNF.
A titre de comparaison, il rappelle que la BNF préserve environ 7.000 manuscrits dans son fonds arabe.
Outre des livraisons de matériel - cartons de conservation, papier Japon, cuirs - la coopération permettra un "échange de compétence" dans la restauration, l'assistance à la numérisation, mais aussi l'identification et le catalogage des collections, explique M. Haffar.
"C'est le patrimoine de notre pays", résume Mayassa Chehab, 52 ans et restauratrice depuis 26 ans. "Comme il nous a été transmis, nous devons le faire parvenir aux prochaines générations".
H.Darwish--SF-PST