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Les Tunisiens élisent un Parlement marginalisé dans l'ombre du président Saied
Les Tunisiens votent samedi pour renouveler leur Parlement, dans un scrutin boycotté par la majorité des partis, dernière étape dans l'édification d'un système hyper-présidentialiste par le chef de l'Etat Kais Saied après son coup de force il y a un an et demi.
Après avoir voté à Tunis, le président Saied a appelé les 9 millions d'électeurs à se mobiliser. "C'est une opportunité historique de retrouver vos droits légitimes", "nous avons rompu avec ceux qui ont ruiné le pays", a-t-il dit.
Peu de Tunisiens en paraissaient convaincus: dans plusieurs bureaux du centre de la capitale, une poignée d'électeurs se sont présentés aux premières heures d'un vote qui se terminera à 17H00 GMT.
"On savait que ça ne serait pas la participation habituelle, c'est encore moins qu'espéré", indique à l'AFP Noureddine Jouini, président de bureau, Rue de l'Inde.
A rebours de ces constatations, le président de l'autorité électorale Isie, Farouk Bouasker, a affirmé que "jusqu'à 10H00 du matin, on avait enregistré 270.032 votes, un chiffre important, dans la moyenne par rapport au référendum (de cet été) et à la présidentielle de 2019".
Une nouvelle chambre de 161 députés doit remplacer celle que M. Saied a gelée le 25 juillet 2021 (puis dissoute), après des mois de blocages des institutions en place depuis la chute de Ben Ali en 2011, lors de la révolte des Printemps arabes.
M. Saied a imposé un mode de scrutin uninominal à deux tours qui marginalise les partis politiques.
- "un devoir" -
Résultat: ils boycottent le scrutin, en premier lieu le mouvement d'inspiration islamiste, Ennahdha, au coeur du jeu politique pendant 10 ans et bête noire du président Saied.
Salima Bahri, étudiante de 21 ans, rencontrée par l'AFP en banlieue de Tunis, n'ira pas aux urnes car son vote "ne va rien changer!". "Il n'y a pas de choix à faire, en l'absence de partis politiques ! Les candidats représenteront le président Kais Saied et non pas le peuple tunisien", dit-elle.
"Je ne participe pas à une mascarade. Ce président nous a déçus et il nous conduit vers l'abîme", abonde Ridha, un ingénieur de 59 ans, refusant de donner son nom.
Pour la plupart inconnus et novices en politique, la moitié des candidats (1.055, chiffre révisé) sont des enseignants ou des fonctionnaires de niveau intermédiaire, et moins de 12% sont des femmes.
Le nouveau Parlement, après un second tour organisé d'ici début mars, sera doté de compétences limitées par la nouvelle Constitution que M. Saied a fait adopter cet été lors d'un référendum marqué par une abstention massive (près de 70%).
Il ne pourra pas destituer le président et il lui sera pratiquement impossible de censurer le gouvernement. Il faudra dix députés pour proposer une loi et le président aura la priorité pour faire adopter les siennes.
- "Une formalité" -
"Ce vote est une formalité pour parachever le système politique imposé par Kais Saied et concentrer le pouvoir entre ses mains", explique à l'AFP le politologue Hamza Meddeb.
"Les Tunisiens savent que le Parlement sera dénué de tout pouvoir", estime-t-il.
La principale préoccupation des 12 millions de Tunisiens reste la cherté de la vie, avec une inflation de près de 10% et des pénuries récurrentes d'aliments.
La puissante centrale syndicale UGTT a jugé ces législatives inutiles.
Pour l'analyste Hamish Kinnear, du cabinet Verisk Maplecroft, "même si la légitimité démocratique des élections législatives est faible", la mise en place d'un Parlement permettra "un retour à une plus grande prévisibilité politique" et facilitera pour la Tunisie l'obtention de l'aide des bailleurs de fonds étrangers.
Il y a urgence car les caisses du pays sont vides.
Et le FMI vient de reporter à début janvier son feu vert définitif pour octroyer à la Tunisie un prêt d'environ 2 milliards de dollars, faute pour les autorités d'avoir bouclé leur dossier à temps.
M.AbuKhalil--SF-PST