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Grèce: Des clichés inédits du massacre de Kaisariani suscitent l’intérêt du ministère de la Culture
Des photographies récemment mises en vente sur internet par un collectionneur pourraient bien s’avérer être un lot d'images inédites du massacre de Kaisariani, l’une des pires atrocités commises en Grèce par l’Allemagne nazie.
L'intérêt de cette découverte est tel pour le pays que le ministère de la Culture a annoncé lundi vouloir se pencher sur ces clichés jamais vus proposés en ligne samedi, assurant qu'"il est hautement probable qu’il s’agisse de photographies authentiques", selon un communiqué.
Les douze photos montrent "les derniers instants" de 200 résistants communistes grecs fusillés le 1er mai 1944 dans la banlieue proche d'Athènes, Kaisariani, assure le ministère.
Athènes enverra d'ici quelques jours des experts à Gand, en Belgique, pour examiner les images et s'entretenir avec un collectionneur de reliques du Troisième Reich, qui les a mises en vente samedi sur le site eBay.
Le cas échéant, la Grèce entamera une procédure judiciaire pour récupérer ces photos, selon la même source.
Le parti communiste grec KKE, qui a d'ores et déjà qualifié lundi ce trésor d’“inestimable”, a indiqué avoir provisoirement identifié au moins deux des hommes figurant sur les photographies.
Selon des médias belges, le collectionneur est Tim de Craen. Ce dernier gère une plateforme commerciale dédiée aux documents et aux pièces de monnaie de la Seconde Guerre mondiale, appelée "Crain's Militaria".
Le massacre de Kaisariani, avait été perpétré par la Wehrmacht en représailles du meurtre d’un général allemand et de son état-major par un peloton de l'Armée populaire de libération nationale grecque (ELAS) le 27 avril 1944.
- Résistance farouche -
L'affaire a rapidement pris de l'ampleur en Grèce où la mémoire des nombreux massacres commis par les nazis reste vive dans un pays qui leur a opposé une résistance farouche.
Peu connue en dehors de Grèce, l'occupation (1941-1944) par les troupes du Troisième Reich a été parmi les plus sanglantes en Europe marquée notamment par la famine et l'extermination de quelque 90% de la communauté juive.
L’Armée populaire grecque de libération, dirigée par les communistes, fut l’une des organisations de résistance les plus actives dans l’Europe occupée.
L’exécution des 200 hommes au stand de tir de Kaisariani est un événement marquant de l’occupation nazie et commémoré chaque année par le dépôt de gerbes de fleurs le 1er mai.
Certaines photos en noir et blanc montrent des groupes d’hommes marchant à travers un champ.
D’autres les montrent appuyés contre un mur du stand de tir.
"C’est la première fois que nous avons une image de l’intérieur du stand de tir au moment de l’exécution (...) Un moment majeur pour la résistance grecque", a expliqué l’historien Menelaos Haralambidis sur la chaîne de la télévision publique Ert.
"Cela confirme le témoignage dont nous disposons, à savoir que ces hommes sont allés (à la mort) la tête haute", a ajouté l'expert. "Ils ont fait preuve d’un courage incroyable".
Jusqu’à présent, les seuls témoignages provenaient de billets manuscrits lancés des camions qui les emmenaient à l’exécution.
- Trésor "inestimable" -
“Ma mort ne doit pas vous attrister, mais vous endurcir encore davantage pour la lutte que vous menez”, avait écrit à sa famille l’un des hommes, l’avocat Mitsos Remboutsikas.
Le ministère de la Culture a souligné que les photographies avaient très certainement été prises par Günther Heysing, un journaliste rattaché à l’unité de propagande du criminel nazi Joseph Goebbels.
"Ce document historique fondamental revêt une importance nationale exceptionnelle et constitue un élément central de la mémoire collective du pays", a réagi le parti de gauche Syriza.
Dans toute la Grèce, ce sont 250.000 personnes qui ont succombé à la famine durant l'occupation, dont quelque 45.000 personnes à Athènes et au Pirée, le grand port proche.
Berlin n'a jamais dédommagé la Grèce pour les atrocités commises et assure que la question a été réglée en 1990 avant la Réunification, par les Alliés (Union soviétique, Etats-Unis, Royaume-Uni, France) et les deux Allemagne.
Il a fallu attendre 2014 et la visite du président allemand d'alors, Joachim Gauck pour qu'un chef d'Etat allemand demande pardon à la Grèce.
L.Hussein--SF-PST