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Après le suicide de son fils de 15 ans, une mère dénonce le silence des plateformes numériques
Les réseaux sociaux savaient "qu'il n'allait pas bien". Quinze mois après le suicide de son fils de 15 ans en Bretagne, une mère mène un combat pour que les responsabilités de ces plateformes soient établies dans le drame et pour rouvrir l'enquête.
En septembre 2024, Clément, qui vient de rentrer en Seconde, se suicide en se jetant d'un pont qui enjambe une rivière entre le Finistère et le Morbihan.
Selon sa mère, Emmanuelle Pouédras, les gendarmes classent rapidement l'enquête, sans mener d'investigations sur le téléphone de l'adolescent.
Mais pour elle, "il y a un problème", car cette mère se méfie du rôle potentiellement néfaste des smartphones, exigeant par exemple que les portables de ses deux garçons soient loin des chambres le soir et la nuit.
Les mois passent, elle tente vainement de contacter les plateformes pour découvrir si son fils n'a pas été victime de cyberharcèlement.
Elle finit par trouver dans une sauvegarde effectuée par son fils défunt "des traces de cyberharcèlement sur Whatsapp", explique à l'AFP cette mère de famille de 55 ans, commerçante, qui habite à Lorient. Parmi les messages dénichés dans un groupe Whatsapp: "t'as fini ton suicide de merde?" reçu quelques heures avant la mort de Clément.
De fil en aiguille, elle découvre que son fils adolescent avait un compte Snapchat, Discord, Instagram, TikTok, ce dernier "créé avec la tablette fournie par l'établissement" scolaire.
- "Obstruction délibérée" -
Elle contacte ces quatre plateformes pour avoir accès aux données et ainsi faire toute la lumière sur ce qui a pu pousser son fils à commettre le geste fatal.
Mais elle n'obtient "que des réponses partielles" dans le meilleur des cas alors que "selon la CNIL, les plateformes doivent me donner accès à ces données", assure-t-elle.
Cyberharcelé sur la messagerie cryptée Whatsapp, filiale de Meta, Clément allait sur les réseaux sociaux et notamment sur TikTok "pour se divertir", mais les algorithmes lui proposaient des vidéos liées au suicide qui ont "aggravé son mal-être", l'entraînant "dans une spirale", dénonce-t-elle.
Contactée par l'AFP, la plateforme TikTok a assuré interdire "strictement les contenus montrant ou faisant la promotion du suicide ou de l'automutilation" et "supprimer 98% des contenus enfreignant ces règles avant même qu'ils ne soient signalés".
Les recherches incluant des mots tels que "suicide" sont redirigées vers "une page avec des ressources dédiées", ajoute TikTok.
Meta n'a pas répondu dans l'immédiat aux sollicitations de l'AFP.
Le 19 septembre, les parents de Clément ont déposé plainte au parquet de Quimper pour "provocation au suicide", "mise en danger de la vie d'autrui", "complicité de cyberharcèlement" et "non-assistance à personne en danger".
Dans la plainte que l'AFP a pu consulter, leur conseil, Me Pierre Debuisson, pointe "l'obstruction délibérée de ces plateformes" alors que "les réseaux sociaux sont le théâtre d'une déferlante (...) de multiples incitations au suicide, accessibles aux mineurs sans le moindre filtre protecteur".
Dans un entretien vidéo à l'AFP, l'avocat fustige "le comportement indécent" des plateformes numériques "qui répondent de façon tout à fait standardisée" et qui n'ont "que faire de la souffrance" des familles cherchant des explications.
Sollicité par l'AFP, le parquet de Quimper n'a pas indiqué les suites données à la plainte.
Début novembre, le parquet de Paris a ouvert une enquête après le signalement d'un député pointant l'influence néfaste sur les jeunes de l'algorithme de la plateforme TikTok, qui rejette ces accusations.
L'Australie va être le premier pays au monde à interdire aux moins de 16 ans, à partir du 10 décembre, l'accès à des plateformes et sites web parmi les plus populaires, notamment Facebook, Instagram, TikTok et YouTube.
Emmanuelle Pouédras a indiqué à l'AFP avoir contacté lundi par écrit le président de la République, expliquant à Emmanuel Macron que son fils était "une victime de plus des réseaux sociaux", se disant "désemparée" et demandant à le rencontrer.
Mercredi à Saint-Malo, elle participera aux côtés d'autres lecteurs d'Ouest-France à une rencontre avec le président Macron sur le thème de "la démocratie à l’épreuve des réseaux sociaux et des algorithmes".
I.Matar--SF-PST