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En France, dans les festivals d'été, les groupes électrogènes testent l'hydrogène
A Montlhéry, au sud de Paris, les cadences s'accélèrent sur les chaînes de l'usine Eodev Eneria CAT. Les générateurs à hydrogène qui en sortent promettent de produire de l'électricité sans émettre de CO2 ni de particules fines. De quoi faire oublier les pétaradants groupes électrogènes au fioul, aussi mauvais pour le climat que pour les poumons.
Du pied des volcans auvergnats jusqu'à la baie de Saint-Brieuc, des rassemblements festifs estivaux s'affichant eco-responsables adoptent l'hydrogène, au lieu du gazole, pour produire d'énormes quantités de watts et de decibels dans des lieux isolés, loin de tout réseau électrique.
"90% de l'événementiel recourt à des groupes électrogènes, il y en a des milliers partout mais ils polluent énormément en rejetant aussi bien du CO2 que du monoxyde de carbone", reconnaît Jérome Bourdel, directeur commercial de GCK Energy, fabricant et loueur de matériels électriques mobiles traditionnels mais aussi client d'Eodev.
Il énumère ses derniers contrats de générateurs à hydrogène vert: "En juin, pour le festival scientifique Nuées ardentes dans une zone naturelle protégée au pied du Puy-de-Dôme, à Clermont-Ferrand pour le festival de musique Europavox ou en bord de route, lors d'une étape du Tour de France".
- Une tonne de CO2 par jour -
Dans les Côtes d'Armor à Hillion, en baie de Saint-Brieuc, le festival "Folies en baie" les 6 et 7 août était équipé de générateurs à hydrogène. "Les Eurockéennes" de Belfort aussi début juillet.
Dès l'été 2022, le festival Futur 2 à Hambourg en Allemagne s'était vanté d'être le "premier festival au monde" électrifié grâce à de l'hydrogène venu d'énergie éolienne.
Le BTP est aussi un grand client. Les chantiers de construction cherchent à verdir leur activité en abandonnant les générateurs classiques et polluants.
"Un générateur diesel d'une centaine de chevaux sur une journée peut émettre jusqu'à une tonne de CO2 pour produire 1 MW d'énergie, soit l'aller-retour Paris-New York d'un passager en avion, sans compter le bruit et les polluants atmosphériques comme les oxydes d'azote et les NOX", rappelle Thibault Tallien, directeur marketing de la société EODev.
Cette entreprise produit depuis trois ans des générateurs à hydrogène sur une ligne de production dans l'usine Eneria CAT à Montlhery. Elle s'appuie sur les démonstrations scientifiques réalisées à bord du navire laboratoire Energy Explorer, propulsé autour du monde depuis 2017 aux énergies solaire, éolienne et à l'hydrogène, en autonomie.
L'élément central des générateurs qui sortent de cette usine est une pile à combustible de marque Toyota, produite en Belgique. Par réaction électro-chimique sur les protons et les électrons de l'hydrogène, elle produit de l'électricité.
Les autres équipements - chassis, radiateurs, tableau électrique, cablages- viennent de PME françaises.
Reliés à des racks de bonbonnes d'hydrogène gazeux compressé certifié "vert" par leur producteur (c'est-à-dire venant d'électricité éolienne, solaire, voire hydro-électrique), les générateurs ont l'apparence de gros réfrigérateurs blancs silencieux et rejettent uniquement de la vapeur d'eau.
"Nous en produisons 150 par an, exportés dans le monde entier, et pouvons aller à 600", indique M. Tallien.
- Quatre fois plus cher -
Un marché potentiellement gigantesque. Dans le monde, la vente des groupes électrogènes a passé la barre des 20 milliards de dollars en 2022, et "devrait doubler d'ici à 2030 pour atteindre entre 4 et 6 millions d'unités par an", estime M. Tallien. 70% tournent au gazole, 26% au gaz, et 4% sont hybrides.
Principal inconvénient des générateurs verts: leur coût. Chaque appareil coûte "quatre fois plus cher" qu'un générateur diesel, indique M. Tallien. "Mais il a un meilleur rendement".
Chez GCK Energy, Jérome Bourdel avoue "avoir ramé les deux premières années" pour "prouver l'intérêt du concept" à ses clients. "Mais dès qu'ils ont testé, ils adoptent", selon lui.
Avec un gros bémol: 1 kWh d'électricité à partir d'hydrogène revient à 2 euros, contre 30 centimes seulement pour l'électricité du réseau, et 1 à 1,20 euro à partir d'un groupe électrogène classique au fioul. Ainsi, pour que l'engouement soit durable, "le vrai enjeu reste de faire baisser le coût de l'hydrogène vert", souligne-t-il.
Y.Zaher--SF-PST