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En Bourgogne, les éleveurs d'escargots "en première ligne" du dérèglement climatique
"C'est l'hécatombe" : Frédéric Marcouyoux, éleveur d'escargots en Bourgogne, fait craquer sous ses pieds un tapis de coquilles vides, grillées par la énième canicule de cet été. "On est en première ligne du changement climatique".
"C'est un désastre. Tout le revenu est par terre", explique le patron de La Ferme au gré du temps, en parcourant son parc de 1.300 m2 installé au beau milieu des champs, à Villecomte (Côte-d'Or).
Il y élève 200.000 escargots par an, "en année normale !", précise-t-il. Car, "cette année, ça sera 100.000 qui survivront, et encore..."
"L'escargot est une éponge. Il lui faut de l'humidité. C'est déjà un élevage difficile à faire en temps normal mais, dès qu'il fait chaud et sec, on a de la mortalité", explique-t-il.
L'éleveur soulève une à une les planchettes de bois installées dans son parc pour former des abris ombragés, et où les gastéropodes viennent se coller.
"Ici, rien. Là, rien. Ah là, il y en a un. Là, rien...", dit-il en comptant le nombre d'escargots découverts à chaque planche retournée. "Ça devrait être garni d'escargots. C'est l'hécatombe", déplore-t-il.
Victimes de la sécheresse, les gastéropodes sont également attaqués par les prédateurs à la recherche désespérée de nourriture, et en particulier les oiseaux. "Le sol est trop sec. Ils n'ont plus de limaces ni de vers et ils viennent ici se servir", précise M. Marcouyoux.
"Le problème est que les canicules sont de plus en plus violentes et récurrentes. En 15 ans, on a eu seulement deux étés pluvieux : 2014 et 2024. Tous les autres, on a au moins eu une canicule. En 2019 et 2020, on a eu 70-80% de pertes. En 2021, 50-60%...", détaille-t-il.
L'informaticien reconverti paysan il y a 15 ans finit par s'interroger : "Va-t-on réussir à continuer?".
Pour l'instant, la ferme de Frédéric tient bon. "On est heureusement diversifié. On a aussi des moutons, des ruches, des fruits..."
- "Ça devient impossible" -
Mais tout le monde n'a pas cette chance. "Moi, je n'ai que l'escargot", explique ainsi Hervé Ménelot, patron de L'Escargot dijonnais, à Fénay (Côte-d'Or). "C'est la catastrophe", lâche-t-il en parcourant son parc de 600 m2 où il élève 500.000 escargots.
"Il leur faut de la végétation pour qu'ils se cachent du soleil mais, depuis fin mai, vous voyez...", dit-il en pointant du doigt les herbes jadis folles, et aujourd'hui grillées comme de la paille, qui recouvrent les allées de son parc.
"Je vais avoir 50-70% de pertes, voire plus. Depuis 2019, c'est quasiment tous les ans", souffle-t-il.
Après 12 ans d'activité, Hervé se met donc à douter : "Ça devient impossible. Je ne sais pas si je vais continuer".
Sur les dix héliciculteurs que compte la Côte-d'Or, "trois viennent d'arrêter", selon lui. "Ce n'était pas viable", témoigne l'un d'eux sous couvert d'anonymat. "Ce n'est pas possible d'en vivre", a-t-il simplement ajouté sans vouloir commenter davantage cet épisode douloureux.
"Il y a de plus en plus d'exploitations menacées", reconnaît Emilien Bourgeois, président de la Fédération nationale des héliciculteurs de France, sans pouvoir donner un chiffre.
"On a pas mal tous les mêmes problèmes", confesse l'éleveur, évoquant une "saison catastrophique" dans son exploitation, L'Escargot du Lison, à Eternoz (Doubs).
La crise est telle que se pose la question de la disparition même de l'élevage en France, déjà réduit à sa portion congrue avec quelque 400 éleveurs seulement. Seuls 5% des escargots consommés dans l'Hexagone y sont produits, le reste étant importé majoritairement d'Europe de l'Est.
"Oui, la filière est menacée", reconnaît Hervé Ménelot.
Q.Bulbul--SF-PST